Ach-Chafîʿi était pieux, chaste et pur, ne redoutant nul reproche lorsqu’il s’agissait de la cause de Dieu, et il n’acceptait l’intercession de personne. Il cumula la magistrature sur l’ensemble des provinces égyptiennes, la fonction de prédicateur, la ḥisba (inspection des marchés et affaires publiques), la direction des maîtres (mashyakhat ash-shuyūkh), la supervision des armées(1), l’enseignement du madhhab shafiʿite et de la madrasa aṣ-Ṣāliḥiyya, ainsi que l’imamat de la mosquée. Il détenait en tout quinze(2) fonctions et eut parfois la charge du vizirat. Le sultan le tenait en haute estime, tandis que le vizir Ibn Ḥannā(3) le craignait grandement. Ce dernier voulait à tout prix le discréditer auprès du sultan et l’abaisser, mais ne le pouvait pas. Il convoitait même l’idée de se rendre chez lui, ne fût-ce que pour une visite de courtoisie.
Un jour, Ach-Chafîʿi tomba malade, et le cadi vint le voir pour s’enquérir de son état. Ach-Chafîʿi sortit jusqu’au milieu de la cour pour l’accueillir. Or, le cadi lui dit : « Nous sommes venus te visiter dans ta maladie, mais te voici bien portant ; paix sur toi », puis il repartit(4) sans s’asseoir. Ach-Chafîʿi naquit en l’an 604 de l’Hégire. Après lui, ce fut Taqî ad-Dîn Ibn Razîn(5) qui assuma la magistrature.
Le fondateur (wâqif) de la madrasah al-Qaymarîyah fut le grand émir Nāṣir ad-Dîn(6) Abū al-Maʿālî al-Ḥusayn ibn al-ʿAzîz ibn Abī al-Fawâris al-Qaymarî(7) al-Kurdî. Il comptait parmi les éminents émirs auprès des souverains. C’est lui qui remit la Syrie à al-Malik an-Nāṣir, seigneur d’Alep, après l’assassinat de Tūrān Shāh ibn aṣ-Ṣāliḥ Ayyūb en Égypte. Il fonda la madrasah al-Qaymarîyah(9) près du minaret de Fayrūz, où il installa, à son portail, des horloges sans précédent et d’une forme unique. On rapporte qu’elles lui coûtèrent quarante mille dirhams.
Quant au shaykh Shihāb ad-Dīn Abū Shāmah(10), il s’agit de ʿAbd ar-Raḥmān ibn Ismāʿīl ibn Ibrāhīm ibn ʿUthmān ibn Abī Bakr ibn ʿAbbās.