Les armées victorieuses, et l’État islamique s’empara au complet du territoire de Sis(1), ainsi que de nombreuses forteresses des Francs cette année. Le sultan envoya alors ses troupes devant lui en direction de Gaza, tandis qu’il se détourna vers la région de Karak pour en examiner la situation. Lorsqu’il parvint près du bassin de Zizi(2), il chassa dans les environs, puis tomba de son cheval et se brisa la cuisse. Il y demeura(3) quelques jours pour se soigner, jusqu’à ce qu’il puisse monter dans une litière. Il poursuivit ensuite sa route vers l’Égypte. Sa jambe guérit en chemin, si bien qu’il parvint à remonter seul à cheval. Il entra au Caire avec une grande magnificence et un faste imposant. La ville fut ornée pour son arrivée, et la population organisa de réjouissantes célébrations, manifestant une grande joie de le voir revenir en bonne santé.
Au mois de Rajab de cette même année, il repartit du Caire pour Safad, où il fit creuser un fossé autour de sa citadelle. Il y travailla lui-même, entouré de ses émirs et de son armée. Il mena ensuite une expédition sur la région d’Acre, au cours de laquelle il tua, fit des prisonniers, s’empara de butin et rentra sain et sauf. La bonne nouvelle fut alors annoncée à Damas.
Le deuxième(4) jour de Rabiʿ al-Awwal, al-Ẓāhir dirigea la prière du vendredi dans la mosquée al-Azhar, où elle n’avait pas été célébrée(5) depuis l’époque des ʿUbaydides (Fatimides) jusqu’à ce moment. Pourtant, il s’agit de la première mosquée bâtie(6) au Caire, érigée par Jawhar al-Qāʾid(7), dans laquelle on avait instauré la prière du vendredi. Mais quand al-Ḥākim fit construire sa propre mosquée, il transféra la prière du vendredi d’al-Azhar à celle-ci, laissant al-Azhar sans office du vendredi. Cela la fit rétrograder au rang des autres mosquées, son état se dégrada et ses conditions changèrent. Le sultan ordonna alors sa restauration, son blanchiment et la reprise de la prière du vendredi. Il ordonna également la réparation de la mosquée al-Ḥusayniyya, achevée en l’an soixante-sept, comme il sera rapporté, si Dieu le veut.
La même année, al-Ẓāhir décréta que personne parmi les résidents ne passe la nuit dans la Grande Mosquée de Damas. Il ordonna qu’on en retire les coffres et les loges qui s’y trouvaient, au nombre d’environ trois cents(8). On y découvrit des récipients d’urine, de nombreux matelas et tapis. Les gens, tout comme la mosquée, furent soulagés de ce fardeau, et l’espace s’élargit pour les fidèles.
La même année également, le sultan ordonna de restaurer les murailles de Safad et de sa citadelle, et d’y inscrire ces versets : « Certes, Nous avons écrit dans le Zabour, après le Rappel, que la terre serait héritée par Mes serviteurs vertueux » (Les Prophètes, 21 : 105), et « Ceux-là sont le parti de Dieu. N’est-il pas vrai que le parti de Dieu est celui qui réussit ? » (Al-Mujâdala, 58 : 22).