Il obtint d’eux une grande part. Lorsqu’il se mit en route pour (1) la conquérir, ils demandèrent la sécurité [à condition que le sultan leur accorde l’immunité]. Alors, il fit asseoir sur le trône de son royaume l’émir Saïf ad-Dîn Karmoun le Tatar. Leurs émissaires arrivèrent, le déposèrent (2), puis s’en allèrent sans se douter que celui qui leur avait garanti la sécurité n’était autre que l’émir qu’il avait placé sur le trône — car la guerre est une ruse. Lorsque les Hospitaliers (3) et les Templiers sortirent de la forteresse, après avoir commis de funestes exactions contre les musulmans, Dieu les rendit vulnérables, et le sultan ordonna qu’on leur tranche la tête jusqu’au dernier (4). Des courriers annoncèrent la nouvelle dans le pays : les réjouissances résonnèrent, on orna les cités, puis le sultan envoya des troupes fureter à droite et à gauche sur les terres franques. Les musulmans prirent alors de nombreux forts, environ vingt forteresses, et firent près de mille prisonniers, parmi lesquels se trouvaient des femmes et des enfants, s’emparant également d’un butin considérable (5).
Durant la même année, on vit revenir de captivité le fils du calife al-Mustaʿṣim ibn al-Mustanṣir, prénommé ʿAlî (6). Il fut honoré et installé dans la demeure Asadienne, en face du quartier al-ʿAzīziyya. Il avait été fait prisonnier par les Tatars, mais lorsqu’ils furent vaincus par Berké Khan, il put s’échapper et rejoindre Damas. Lorsque le sultan conquit Ṣafad (7), certains musulmans détenus là-bas l’informèrent que la cause de leur capture était le fait des habitants du village de Qâra (8), qui les arrêtaient et les livraient aux Francs pour les leur vendre. Apprenant cela, le sultan (9) se mit en route vers Qâra, leur infligea de sévères représailles, tua un grand nombre d’entre eux et fit prisonniers parmi leurs femmes et leurs enfants pour venger les musulmans — que Dieu le récompense pour cela.
Ensuite, le sultan [al-Malik al-Ẓāhir] envoya une armée considérable au pays de Sīs : elle s’y déploya (10), conquit Sīs de force, captura le fils de son roi, tua le frère de ce dernier et mit la cité à sac. Ses habitants furent tués, et l’armée y exerça sa vengeance pour l’islam et ses fidèles. En effet, à l’époque où les Tatars s’étaient emparés d’Alep et d’autres villes, les habitants de ce pays avaient été d’une grande nocivité : ils avaient capturé un grand nombre de femmes et d’enfants musulmans (11) [en très grand nombre], puis ils poursuivirent leurs incursions sur les territoires musulmans par la suite.