J’ai dit : « Cette demeure est celle qui a été transformée en école pour les shafi‘ites et consacrée en waqf par l’émir Jamāl ad-Dīn (1) Āqūsh an-Najībī [appelée an-Najībiyya] (2), qu’Allah accepte son œuvre. C’est là que nous séjournons ; puisse Allah la rendre une maison menant à la demeure ultime de la grande félicité. Le père de Jamāl ad-Dīn an-Najībī, qui était Ṣafī ad-Dīn, fut le vizir d’al-Malik al-Ashraf. Il possédait six cent mille dinars en or, indépendamment de ses biens immobiliers (3), de son mobilier et de ses marchandises. Son père décéda en Égypte en l’an cinquante-neuf et fut inhumé dans son mausolée près du Muqaṭṭam.
Concernant ʿAyn Ghayn, Abū Shāma (4) rapporte qu’une nouvelle arriva d’Égypte annonçant le décès de ʿUthmān al-Miṣrī, surnommé ʿAyn Ghayn.
S’agissant d’al-Wattār al-Mawṣilī : le 18 de Dhū al-Ḥijja, mourut Shams al-Wattār (5) al-Mawṣilī. Il avait acquis quelque science en littérature et prêcha un temps dans la mosquée d’al-Mazza. Il me récita ses propres vers au sujet des cheveux blancs et de leur teinture :
[Du mètre at-tawīl] (6)
« Dès que mes joues se marquèrent de pilosité, elle et moi étions comme deux âmes (7) dans un seul corps, sans qu’elle ne rompe jamais un pacte.
Mais lorsque la vieillesse survint pour nous séparer, je l’imaginai telle une épée… et la revêtis d’un fourreau. »
Quant à az-Zayn al-Ḥāfiẓī (8), cette même année, le roi Hūlāku Khān [roi des Tatars] convoqua az-Zayn al-Ḥāfiẓī, à savoir Sulaymān ibn [al-Mu’ayyad ibn] ʿĀmir al-ʿAqrabānī (9), surnommé ainsi. Il lui déclara : « Ta trahison est désormais avérée. » Cet homme s’était laissé abuser lorsque les Tatars arrivèrent ; il soutint Hūlāku, conspira (10) contre les musulmans et révéla leurs points faibles, jusqu’à ce qu’Allah leur donne l’ascendant sur lui [et qu’ils l’anéantissent] par divers châtiments et représailles. [Allah, exalté soit-Il, a dit] : « Et c’est ainsi que Nous plaçons les injustes les uns contre les autres » [al-Anʿām : 129].