Ils possédaient de nombreux fiefs (iqtâ‘ât). Le sultan (1) ne cessa de semer la discorde entre eux jusqu’à ce qu’il les anéantît complètement et s’emparât de leurs territoires (2).
[Cette année], le 26 Rabi‘ al-Awwal, on organisa une cérémonie funéraire pour le sultan al-Malik an-Nâsir Salâh ad-Dîn Yûsuf ibn [al-‘Azîz Muhammad ibn az-Zâhir Ghâzî ibn an-Nâsir Salâh ad-Dîn Yûsuf] (3) ibn Ayyûb ibn Shâdhî, le conquérant de Bayt al-Maqdis (Jérusalem). Cette cérémonie eut lieu à la Citadelle de la Montagne au Caire (4), sur ordre du sultan az-Zâhir Rukn ad-Dîn Baybars, lorsque la nouvelle leur parvint que Hülegü, roi des Tatars, l’avait mis à mort, car il se trouvait sous son emprise depuis quelque temps (5).
Quand Hülegü apprit que ses hommes avaient été défaits (6) à ‘Ayn Jâlût, il le convoqua devant lui et dit : « C’est toi qui as envoyé des émissaires aux armées d’Égypte pour qu’elles viennent combattre les Mongols (7) et les vaincre. » Puis il ordonna de le tuer. On raconte qu’il s’excusa (8) en expliquant que les Égyptiens étaient ses ennemis et qu’il y avait entre lui et eux de l’hostilité et des combats ; Hülegü le gracia, mais son statut à ses yeux en fut abaissé, alors même qu’il était auparavant très honoré à son service. Il lui avait promis que, s’il parvenait un jour à conquérir l’Égypte, il le nommerait gouverneur en Syrie. Mais lorsque se produisit la bataille de Hims cette année-là et que les hommes de Hülegü, sous la conduite de (9) Baidara, y furent tués, Hülegü se mit en colère et lui dit : « [Les coupables], ce sont tes anciens compagnons de (10) l’‘azîziyya (les émirs de ton père) et de la nâsiriyya (tes proches), qui ont tué les nôtres. » Puis il ordonna son exécution. [Au sujet de la manière dont il fut mis à mort] (11), on rapporte qu’il le cribla de flèches alors qu’il se tenait devant lui, le suppliant de lui accorder son pardon ; mais il n’en fit rien et alla jusqu’à exécuter également son frère germain, [le roi] az-Zâhir ‘Alî (12).
Quant à leurs deux fils, al-‘Azîz Muhammad ibn an-Nâsir et Zubâla ibn az-Zâhir, ils furent relâchés ; ils étaient encore tout jeunes et comptaient parmi les êtres humains les plus beaux qui soient. Al-‘Azîz mourut en captivité chez les Tatars, tandis que Zubâla se rendit en Égypte où il fut considéré comme le plus beau de tous. Sa mère était une concubine nommée Wajh al-Qamar (« Visage de Lune »). Après la mort de son maître [mentionné], l’un des émirs l’épousa.
On raconte aussi que, lorsque Hülegü voulut exécuter an-Nâsir, il donna l’ordre de préparer quatre arbres espacés [les uns des autres] (14)