Entre eux (1), le souverain échappa avec un groupe, et l’affrontement (2) eut lieu au début de Muḥarram de l’an six cent soixante. Ceci évoque la démarche de al-Ḥusayn ibn ʿAlī lorsqu’il s’est enfoncé en terre irakienne malgré l’abondance de troupes qui s’y trouvaient, alors qu’il eût été préférable qu’il s’établît d’abord au Bilād al-Shām (3) afin de voir les affaires se stabiliser et la situation se clarifier (4). Mais Dieu en a décidé ainsi et ce qu’Il veut se réalise.
Le sultan [al-Malik al-Ẓāhir] équipa ensuite une autre armée depuis Damas vers les territoires francs : ils menèrent un raid, tuèrent, capturèrent des prisonniers, puis revinrent sains et saufs. Les Francs sollicitèrent alors la paix, et il conclut avec eux une trêve pour un temps, occupé qu’il était par Ḥalab (Alep) et ses dépendances.
Au cours du mois de Shawwāl, il avait démis de ses fonctions le juge d’Égypte Tāj al-Dīn ibn Bint al-Aʿazz (5) et désigna à sa place Burhān al-Dīn al-Khaḍr ibn al-Ḥusayn al-Sanjārī (6). Il avait également relevé de son poste le juge de Damas, Najm al-Dīn Abū Bakr ibn Ṣadr al-Dīn Aḥmad ibn Shams al-Dīn ibn Hibat Allāh ibn Sanī al-Dawla (7), et nomma à sa place Shams al-Dīn Aḥmad ibn Muḥammad ibn Ibrāhīm ibn Abī Bakr ibn Khallikān (8). Celui-ci avait exercé longtemps la fonction de juge suppléant au Caire pour le compte de Badr al-Dīn al-Sanjārī (9). En outre (10), on lui confia, en plus de la magistrature, la supervision des fondations pieuses, de la Grande Mosquée et du māristān, ainsi que l’enseignement dans sept madrasas : lʿĀdilīyya, l’Nāṣirīyya, lʿAdhrāwīyya, l’Falakīyya, l’Ruknīyya, l’Iqbāliyya et l’Bahnasiya. Son investiture fut lue le jour de ʿArafa, un vendredi, après la prière, à la fenêtre al-Kamālī du Jāmiʿ (mosquée) de Damas.
Le juge démis quitta la ville sous escorte. Le shaykh Abū Shāma (11) formula à son égard des reproches, avançant qu’il aurait commis une trahison au sujet d’un dépôt d’or qu’il aurait transformé en monnaie de moindre valeur. Dieu seul sait. Il tint sa charge pendant un an et quelques mois.
Le jour de la fête, qui tombait un samedi, le sultan partit pour l’Égypte (12). Quant à l’envoyé des Ismaʿīliens, il était déjà arrivé au sultan à Damas, le menaçant et le mettant en garde (13), et lui réclamait