Abou Chama rapporte :
« On prononça le prêche (khotba) en son nom à la Grande Mosquée de Damas et dans les (1) autres mosquées, le vendredi seizième jour de Muharram de cette année. Ce calife est le trente-neuvième des califes abbassides. Parmi les Abbassides, après as-Saffah et al-Mansour, nul n’obtint le califat dont le père et le grand-père avaient déjà régné, à l’exception de celui-ci. Quant à ceux dont le père n’avait pas été calife, ils sont nombreux, tels qu’al-Musta’în Ahmad ibn Muhammad ibn al-Mu‘tasim, al-Mu‘tadid ibn Talha ibn al-Mutawakkil, al-Qadir ibn Ishaq ibn al-Muqtadir, et al-Muqtadî ibn adh-Dhakhîra ibn al-Qâ’im bi-amr Allâh.
[Sur la prise de la citadelle d’al-Karak par al-Zâhir et l’exécution de son détenteur]
La même année, al-Zâhir (2) quitta l’Égypte à la tête des armées victorieuses, en direction de la région d’al-Karak. Il y fit venir son souverain, al-Malik al-Mughîth ‘Umar ibn al-‘Adil Abou Bakr ibn al-Kâmil (3). Quand celui-ci arriva enfin, au terme de maints efforts, il l’envoya captif en Égypte, et l’on n’eut plus de nouvelles de lui : la raison en est qu’il avait écrit à Hülegû (5) pour l’inciter à se rendre une nouvelle fois en Syrie. Il avait également reçu des courriers des Tatars lui intimant de rester ferme dans sa position et lui promettant le gouvernement de ces contrées, tandis qu’ils devaient venir au nombre de vingt mille pour conquérir les terres d’Égypte. Le sultan produit alors les fatwas prononcées par les juristes autorisant son exécution et soumit l’affaire à Ibn Khallikân (7), qu’il avait fait venir de Damas, ainsi qu’à un groupe d’émirs. Puis il marcha sur al-Karak, s’en empara le vendredi treize Jumâdâ I, y entra ce même jour dans toute la splendeur du pouvoir (8), avant de retourner victorieux en Égypte.
La même année, les envoyés de Baraka Khân (9) arrivèrent auprès d’al-Zâhir en lui disant : « Tu n’ignores pas l’amour que je porte à l’islam (10), ni ce qu’a fait Hülegû aux musulmans. Prépare-toi donc de ton côté, tandis que je le rejoindrai du mien, afin que nous le prenions en tenailles ou que nous le chassions du pays. Je te cède tous les territoires qu’il détenait (11). » Al-Zâhir trouva ce plan judicieux, le remercia, offrit des robes d’honneur à ses émissaires et les traita avec grande générosité. »