Les armées se rendirent auprès de l’émir Badr al-Dīn Bīlik (1), le khaznadār, puis ils se mirent en marche et entrèrent à Damas le lundi 7 Dhū al-Qaʿda. Ce fut une journée mémorable. Ils firent la prière du vendredi à la Grande Mosquée de Damas. Le calife pénétra en ville par Bāb al-Barīd (3), tandis que le sultan entra par Bāb al-Ziyāda (4) ; ce fut également un jour mémorable.
Par la suite, le sultan équipa le calife pour gagner Bagdad, accompagné des fils du seigneur de Mossoul. Il les finança, eux et tous ceux de l’armée qui l’accompagnaient pour le défendre contre ce que Dieu n’avait pas décrété, en leur remettant une somme d’or [s’élevant à un million de dinars] (6), et leur octroya même davantage. Puisse Dieu le récompenser pour sa générosité. Le seigneur de Ḥimṣ, al-Malik al-Ashraf, vint à sa rencontre ; le sultan lui offrit une robe d’honneur, le gratifia et lui attribua Tell Bāshir. Le seigneur de Ḥamā, al-Manṣūr, se présenta à son tour ; le sultan lui offrit également une robe d’honneur, le gratifia et rédigea pour lui un taqlīd (7) lui assurant la possession de ses territoires. Ensuite, il dépêcha une armée sous le commandement de l’émir ʿAlāʾ al-Dīn al-Banduqdārī (8) vers Alep, pour combattre al-Barlī (9) qui s’en était emparé et y semait la corruption (10). Voilà, en résumé, tout ce qui nous est parvenu au sujet des événements de cette année.
[Ensuite vint l’année 660 de l’Hégire.]
Au début de cette année, le troisième jour de Muḥarram, fut mis à mort le calife al-Mustanṣir bi-llāh, qui avait été intronisé en Rajab de l’année précédente en Égypte. Son exécution eut lieu sur le sol irakien [comme nous l’avons rappelé], après la déroute des troupes qui l’accompagnaient. Nous sommes à Dieu et à Lui nous retournons. Le roi al-Ẓāhir prit alors seul possession de l’ensemble des territoires du Shām et de l’Égypte, et l’ordre lui en revint totalement, à l’exception d’al-Barlī qui s’était emparé d’al-Bīrah et y persistait dans la rébellion.
Le troisième jour de Muḥarram de la même année, le sultan al-Malik al-Ẓāhir annonça en Égypte une cérémonie de remise de robes d’honneur à tous les émirs, aux dignitaires de la cour, au vizir ainsi qu’au juge Tāj al-Dīn (11) ibn Bint al-Aʿazz, et il destitua Burhān al-Dīn al-Sanjārī (12) de sa fonction.