Lundi, quatrième jour de Shaʿbân, le calife, le sultan, le vizir, les juges, les émirs et les notables (Ahl al-ḥall wa-l-ʿaqd) se rendirent dans une grande tente dressée à l’extérieur du Caire et s’y installèrent. Le calife fit revêtir de sa propre main au sultan un habit d’apparat noir, puis lui passa un collier autour du cou et des fers aux pieds, tous deux en or. Fakhr al-Dîn Ibrâhîm ibn Luqmân, chef des scribes, monta ensuite en chaire et lut devant l’assemblée l’acte d’investiture du sultan, qu’il avait lui-même rédigé de sa main. Après cela, le sultan se mit en route avec ce faste, portant les fers aux pieds et le collier au cou, tandis que le vizir ouvrait la marche et que l’acte d’investiture était porté au-dessus de sa tête, suivi par les émirs et tous les dignitaires à pied, à l’exception du vizir. Il traversa Le Caire, qui avait été somptueusement décorée pour l’occasion. Ce fut un jour mémorable, impossible à décrire avec des mots. Le cheikh Qutb al-Dîn (1) a relaté en intégralité cet acte d’investiture, très développé. Dieu est plus savant.
On rapporte ensuite que le calife demanda au sultan de l’équiper pour se rendre à Bagdad. Le sultan lui mit donc à disposition une puissante armée (3) et lui procura tout ce dont ont besoin les rois et les califes, en serviteurs, gardes, tambours et autres (4). Puis le sultan se mit en route en sa compagnie, en direction de la ville préservée de Damas, avec un grand apparat. La raison du départ du sultan d’Égypte vers la Syrie vient du fait que le nommé al-Barlî (5) s’était emparé d’Alep, comme rapporté précédemment. Le sultan envoya donc l’émir (6) ʿAlam al-Dîn Sanjar al-Halabî, qui s’était déjà emparé de Damas (7), pour le chasser d’Alep et en prendre possession (8). Il y installa un représentant au nom du sultan. Pourtant, al-Barlî (9) persista jusqu’à reprendre la ville et en chasser son occupant, qui s’enfuit. Alors, al-Ẓâhir nomma sur l’Égypte comme lieutenant ʿIzz al-Dîn (10) Aydamir al-Halabî et confia la gestion du royaume au vizir Bahâʼ al-Dîn ibn al-Ḥannâ. Il emmena avec lui son fils Fakhr al-Dîn (11) comme vizir (12) et lui confia la direction des armées.