Les Francs avertirent alors les Tatars, qui quittèrent les lieux à la hâte. Un groupe d’habitants d’Alep s’empara de la ville, confisqua et pilla les biens, atteignant ainsi ses objectifs. Lorsque l’armée d’al-Ẓāhir arriva, elle mit fin à ces exactions et imposa aux habitants (1) une lourde amende d’un million six cent mille. Puis l’émir Shams al-Dīn Āqūsh al-Barlī (2), envoyé par al-Ẓāhir, prit possession de la ville : il trancha, régla les affaires, rendit la justice et gouverna avec équité (3).
Le mardi 10 Jumādā al-Awwal, Tāj al-Dīn ‘Abd al-Wahhāb (5), fils du qādī al-a‘azz Abū al-Qāsim Khalaf ibn [qādī] Rashīd al-Dīn ibn Abū al-Thanā’ Maḥmūd ibn Badr al-‘Alā’ī, fut nommé juge (4) en Égypte. Cela fit suite à des conditions strictes qu’il avait imposées à al-Ẓāhir, lequel s’y soumit. Badr al-Dīn Abū al-Maḥāsin Yūsuf ibn ‘Alī al-Sinjārī (6) fut alors démis de ses fonctions de juge, placé sous surveillance durant quelques jours, puis libéré.
Vient ensuite le récit du serment d’allégeance (bay‘a) au calife al-Mustanṣir bi-llāh Abū al-Qāsim Aḥmad ibn Amīr al-Mu’minīn al-Ẓāhir (7), sous l’autorité d’Allāh (8) Abū Naṣr Muḥammad ibn Amīr al-Mu’minīn al-Nāṣir li-Dīn Allāh Abū al-‘Abbās Aḥmad al-‘Abbāsī, oncle d’al-Musta‘ṣim, qui avait été détenu à Bagdad puis libéré. Il se trouvait alors en terre irakienne parmi un groupe de bédouins. Lorsqu’il apprit l’accession au pouvoir d’al-Ẓāhir, il se rendit en Égypte, accompagné d’une dizaine (9) d’émirs bédouins, dont l’émir Nāṣir al-Dīn Muhannā, et fit son entrée au Caire le 8 Rajab. Le sultan sortit à sa rencontre, accompagné du vizir, [du qādī Tāj al-Dīn], des témoins et des croyants, en un jour mémorable. Les adeptes de la Torah sortirent avec leur Livre, suivis des chrétiens portant leur Évangile, et il pénétra par la porte d’al-Naṣr dans un grand apparat. Puis, le lundi 13 Rajab (10), le sultan et le calife s’assirent dans l’īwān (11) de la Citadelle de la Montagne, en présence du vizir, du qādī et des émirs selon leur rang. La filiation du calife mentionné fut alors attestée devant le juge Tāj al-Dīn [‘Abd al-Wahhāb] ibn al-a‘azz.