Celui qui avait autorité sur ce siège envoyait alors des hommes de son armée, munis de lances creuses remplies de poison. Quand ils pénétraient dans la forteresse qui l’avait épuisé, ils brassaient l’eau avec ces lances en prétextant l’inspecter et en évaluer la quantité. Ce faisant, le poison s’ouvrait et se répandait dans l’eau, causant la perte de ses habitants à leur insu. Que Dieu le maudisse d’une malédiction qui l’accompagne dans sa tombe. Cet homme était un vieillard qui avait dépassé un âge avancé et qui inclinait vers la religion chrétienne, mais il ne pouvait se soustraire à l’autorité de Gengis Khan dans le yasac.
Le cheikh Qutb ad-Dîn al-Yûnînî a dit : « Je l’ai vu à Baalbek lorsqu’il assiégea sa citadelle. C’était un homme âgé, de bonne apparence, avec une longue barbe fine, qu’il avait tressée comme une sorte de massue. Parfois, il la suspendait à son oreille derrière lui. L’homme imposait le respect et était d’une grande fermeté.
Il entra un jour dans la mosquée et gravit (1) le minaret pour mieux observer la citadelle depuis cet endroit, puis il sortit par la porte occidentale et pénétra dans une échoppe en ruine où il fit ses besoins à la vue de tous, sans se soucier de découvrir sa nudité. Lorsqu’il eut fini, l’un de ses compagnons le nettoya avec un morceau de coton compact, d’un seul geste (2).
Lorsqu’il apprit que l’émir al-Muzaffar partait d’Égypte avec ses troupes, il tergiversa, ne sachant comment agir. Mais son orgueil le poussa finalement à aller l’affronter, certain de l’emporter comme à son habitude (3). Ce jour-là, il attaqua l’aile gauche de l’armée musulmane et la mit en déroute. Cependant, Dieu soutint les musulmans et les raffermit lors du combat. Ils lancèrent alors une vaillante offensive contre les Tatars, qu’ils précipitèrent dans une défaite irrémédiable. Leur émir, Kitbughânuwayn (4), fut tué dans la bataille, et son fils, un jeune homme de belle prestance, fut fait prisonnier. On l’amena devant al-Muzaffar Qutuz, qui lui demanda : “Ton père s’est-il enfui ?” Il répondit : “Mon père ne s’enfuit jamais.” On le chercha et on le trouva gisant parmi les morts. À sa vue, le fils poussa un cri et pleura.
Quand al-Muzaffar put le constater de ses propres yeux, il se prosterna devant Dieu, puis déclara : “Maintenant, je peux dormir en paix. C’était là le bonheur des Tatars (5). Avec sa mort, leur prospérité a disparu.” Ainsi en fut-il, car jamais ils ne s’en relevèrent. Sa mort survint un vendredi, le vingt-cinquième jour de Ramadan. Celui qui le tua fut l’émir Aqûsh al-Shamsî (6). – qu'Allah lui fasse miséricorde –
Le cheikh Muhammad al-Faqîh al-Yûnînî (7), hanbalite de Baalbek et grand huffâzh, est Muhammad ibn Ahmad [ibn ‘Abd Allâh] (8) ibn