Au mois de Ramadan (1), et il y eut alors la victoire de l’Islam. Lorsqu’il arriva à Damas au cours du mois de Shawwâl, il y établit la justice et organisa les affaires. Il envoya Baybars à la poursuite des Tatars pour les expulser et les chasser d’Alep (2). Il lui promit ensuite la vice-royauté, mais ne tint pas parole [ayant estimé qu’il y avait un intérêt à agir ainsi] (3). Cela provoqua une rupture entre eux. De retour en Égypte, les émirs s’allièrent à Baybars et l’assassinèrent (4) entre al-Ghurâbî (5) et al-Sâlihiyya. Il fut inhumé au palais, et l’on venait visiter sa tombe. Lorsque al-Zâhir prit fermement le pouvoir, il envoya quérir son tombeau pour le faire disparaître aux yeux des gens, si bien qu’il ne fut plus reconnu par la suite. Il mourut un samedi (6), le seizième jour de Dhu al-Qa’da – qu’Allah lui fasse miséricorde.
Le shaykh Qutb al-Dîn al-Yûnînî (7) raconta dans le “Dhayl ‘alâ al-Mar’â” d’après le témoignage du shaykh ‘Alâ’ al-Dîn ibn Ghânim (8), qui le tenait lui-même d’al-Mawlâ Tâj al-Dîn Ahmad ibn al-Athîr, secrétaire privé (kâtib al-sirr) sous le règne d’al-Nâsir, souverain de Damas. Il déclara :
« Lorsque nous nous trouvions avec [le sultan] al-Nâsir à Wata’at Barza, un courrier nous parvint annonçant que Qutuz s’était emparé du pouvoir en Égypte (9). J’ai lu cette nouvelle au sultan, qui me dit : “Va chez untel et untel et informe-les.” Après ma sortie, je rencontrai l’un des soldats qui me demanda : “Vous est-il parvenu de la part d’Égypte (10) que Qutuz a accédé au trône ?” Je répondis : “Je n’en ai aucune idée. Comment le sais-tu ?” Il rétorqua : “Par Dieu, il régnera et défera les Tatars.” Je lui demandai : “D’où le tiens-tu ?” Il répondit (11) : “J’étais à son service lorsqu’il était enfant, et il était couvert de poux. Je le peignais pour les retirer, tout en l’humiliant et le blâmant. Un jour, il me dit : ‘Misérable ! Que veux-tu que je te donne lorsque je régnerai sur les terres égyptiennes ?’ Je lui ai dit : ‘Es-tu fou ?’ Et il me répliqua : [Par Dieu,] j’ai vu le Messager de Dieu (ﷺ) en rêve, qui m’a dit : ‘Tu régneras sur les terres d’Égypte et tu vaincras les Tatars (13).’ La parole du Messager de Dieu (ﷺ) est vérité, sans aucun doute. À ce moment-là – et il était sincère – je lui ai demandé : ‘Je souhaiterais que tu me donnes le commandement de cinquante cavaliers (14).’ Il me répondit : ‘Oui, réjouis-toi.’” »
Ibn al-Athîr ajouta : « Lorsqu’il me raconta cela, je me dis : “Voici donc les lettres provenant d’Égypte.” »