Il en prit alors possession (1) et lui promit de le nommer comme son lieutenant. Mais lorsqu’il les en chassa, qu’il les expulsa et que les musulmans s’en emparèrent, il désigna un autre à sa place, à savoir ‘Alā’ ad-Dīn, fils du seigneur de Mossoul (2). Cela engendra l’hostilité qui survint entre eux et conduisit à l’assassinat rapide du roi al-Muzaffar Qutuz – et Dieu détient la décision avant et après toute chose. Dès qu’al-Muzaffar eut terminé ses affaires en Syrie, il résolut de retourner en Égypte et nomma à la tête de Damas l’émir ‘Alam ad-Dīn Sanjar al-Halabī (3)(4), ainsi que l’émir Mujīr ad-Dīn ibn al-Husayn ibn Āqshatmar. Il destitua le qāḍī Ibn az-Zakī de sa fonction de juge de Damas, confia cette charge à Ibn Sanī ad-Dawla, puis fit son retour (5) dans les territoires égyptiens avec les armées de l’islam à son service, tandis que les notables le regardaient d’un œil défiant, frappés par la crainte qu’il inspirait.
Mention de la souveraineté du roi al-Malik aẓ-Ẓāhir (6) Baybars al-Bunduqdārī, qui est le lion redoutable. En effet, lorsque le sultan al-Malik al-Muzaffar Qutuz revint en direction de l’Égypte, il parvint (7) à l’endroit situé entre al-Ghurābī (8) et aṣ-Ṣāliḥiyya, où les émirs se ruèrent sur lui et l’assassinèrent sur place. C’était un homme pieux, assidu à la prière en congrégation, qui ne touchait ni à l’alcool ni à quoi que ce soit dont les rois ont coutume de s’enivrer (9). Son règne, depuis la destitution du fils de son maître, al-Manṣūr ‘Alī ibn al-Mu‘izz at-Turkumānī, jusqu’à ce moment — vers la fin de Dhū al-Qa‘da — dura environ une année. Que Dieu le récompense grandement pour ce qu’il fit en faveur de l’islam et de ses fidèles.
Pour ce qui est de l’émir Rukn ad-Dīn Baybars al-Bunduqdārī, il avait conclu un accord avec un groupe d’émirs pour le tuer. Ainsi, lorsqu’ils parvinrent à cette halte, il dressa son pavillon et se lança à la poursuite d’un lièvre ; les autres émirs le suivirent. Rukn ad-Dīn Baybars (10) intercéda auprès de lui à propos d’une affaire, et il l’exauça. Baybars lui saisit alors la main pour la lui baiser, mais il la retint, et aussitôt ces émirs se ruèrent sur lui l’épée au clair [et le frappèrent de leurs lames] (11). Ils le jetèrent à terre, puis l’atteignirent de leurs flèches jusqu’à ce qu’ils l’aient tué (12). Que Dieu lui accorde Sa miséricorde. Ensuite, ils firent demi-tour