Al-Zaki assuma la fonction de juge, muni de son acte d’investiture et d’une robe d’honneur dorée. Il la revêtit puis s’assit auprès d’Ibil Sinan sous le Dôme de l’Aigle, à la grande porte, la khâtûn (l’épouse d’Ibil Sinan) se tenant entre eux, le visage découvert (1). On y lut l’acte d’investiture dans ces circonstances. Lorsque le nom de Hulagu fut mentionné, on répandit alors de l’or et de l’argent au-dessus des têtes des gens (2). « Nous sommes à Dieu et c’est à Lui que nous retournons. » Que Dieu flétrisse ce juge, l’émir, l’épouse et le sultan (3)!
Abu Shâma (4) rapporta qu’Ibn al-Zaki s’empara de nombreuses madrasas durant cette brève période, car il fut démis de ses fonctions avant d’atteindre l’année complète. Durant ce laps de temps, il prit la ‘Adhrâwiyya, la Sultâniyya, la Falkiyya, la Rukniyya, la Qaymariyya et l‘Azîziyya, en plus des deux madrasas qu’il possédait déjà, la Taqwiyya et l’‘Azîziyya. Il fit attribuer à son fils ‘Isâ l’enseignement à l’Aminiyya ainsi que la fonction de shaykh des shuyukh. Il obtint pour l’un de ses compagnons, l‘Imâd al-Misrî, la madrasa Umm al-Sâlih, et attribua la Shâmiyya al-Barrâniyya (6) à un autre proche. Il nomma également son demi-frère, Shihâb al-Dîn Ismâ‘îl ibn As‘ad ibn Habîsh, juge suppléant, avec l’administration de la Rawâhiyya et de la Shâmiyya al-Barrâniyya. Abu Shâma (7) précisa pourtant que le fondateur avait stipulé dans les conditions de la waqf (dotation) qu’on ne pouvait cumuler cette madrasa avec une autre.
Lorsque Damas et d’autres contrées revinrent sous autorité musulmane, Ibn al-Zaki brigua à nouveau la fonction de juge. Il offrit alors de fortes sommes pour la conserver, ainsi que les madrasas dont il avait la charge, mais ne put s’y maintenir. Il fut remplacé par le juge Najm al-Dîn Abû Bakr ibn Sadr al-Dîn ibn Sani al-Dawla (8). L’acte de sa nomination fut proclamé pour la fonction de juge un vendredi, après la prière, le vingt et un Dhou al-Qa‘da, près de la fenêtre kâmâliyya du mausolée d’Othmân dans la Grande Mosquée de Damas.
Lorsque le roi al-Muzaffar Qutuz (9) anéantit les armées tatares à ‘Ayn Jâlût, il les poursuivit et entra dans Damas avec un grand apparat. Les habitants s’en réjouirent profondément (10) et prièrent beaucoup en sa faveur. Il laissa le roi al-Ashraf à la tête de Homs, de même que le roi al-Mansûr à la tête de Hama, et il reprit Alep à Hulagu (11). La vérité retrouva ainsi sa place et les bases furent affermies. Qutuz avait dépêché avant lui l’émir Rukn al-Dîn Baybars al-Bunduqdârî pour chasser les Tatars d’Alep.