L’entrée en Égypte [après avoir préparé leur royaume en Syrie]
(1) Il les devança [lui] avant qu’ils ne le devancent, apparut devant eux et avança contre eux avant qu’ils ne s’avancent contre lui. Il sortit donc avec ses armées (2), dont l’unité s’était formée autour de lui, jusqu’à ce qu’il parvienne [avec ceux qui l’accompagnaient parmi les armées victorieuses] en terre de Syrie. Là, l’armée des Mongols, conduite par Kitbughânuwayn, s’était mise en alerte alors qu’il se trouvait dans la Bekaa. Il consulta alors l’émir Al-Achraf, seigneur de Homs (3), et Al-Mujîr ibn Al-Zakî (4), qui lui conseillèrent de ne pas affronter Al-Muzaffar sans faire appel au secours de Houlagou. Il refusa pourtant et voulut en découdre sans tarder. Ils se mirent en route vers lui, et Al-Muzaffar marcha également à leur rencontre.
(5) Leur affrontement eut lieu à ‘Ayn Jâlût (6) le vendredi 25 Ramadan. Ils livrèrent une grande bataille, et la victoire — louange à Dieu — revint à l’islam et à ses fidèles. Les Mongols furent mis en déroute de manière foudroyante et leur émir (7), Kitbughânuwayn, fut tué, ainsi que plusieurs membres de sa maison (8). On rapporte que c’est l’émir Jamâl Al-Dîn Aqouch Al-Chamsî qui porta le coup fatal à Kitbughânuwayn. L’armée musulmane les poursuivit, les abattant partout où elle les trouvait (9). Le roi Al-Mansour, seigneur de Hama, combattit aux côtés du roi Al-Muzaffar [dans cette bataille] avec une grande bravoure (10), de même que l’émir Fâris Al-Dîn Aqtây Al-Mu‘arrab, alors Atabek de l’armée.
Parmi les compagnons de Kitbughânuwayn, on fit prisonnier le roi As-Sa‘îd Ibn Al-‘Azîz Ibn Al-‘Âdil, et Al-Muzaffar ordonna de le mettre à mort. Al-Achraf, seigneur de Homs, qui s’était rangé du côté des Tatars et que Houlagoukhân avait nommé gouverneur sur toute la Syrie, demanda la protection du roi Al-Muzaffar. Celui-ci lui accorda sa sûreté et lui rendit Homs. Il rendit aussi Hama à Al-Mansour et l’enrichit de Ma‘arra et d’autres territoires. Puis il concéda Salamiyah à l’émir Charaf Al-Dîn ‘Isâ Ibn Muhannâ Ibn Mâni‘, émir des Bédouins.
L’émir [Rukn Ad-Dîn] Baybars Al-Bunduqdârî et un groupe d’hommes valeureux pourchassèrent les Tatars partout où ils passaient et les suivirent jusqu’à Alep. Ceux qui se trouvaient à Damas prirent la fuite (11) le dimanche 27 Ramadan (12). Les musulmans de Damas les traquèrent à leur tour, les tuant et arrachant les captifs de leurs mains. Ainsi parvint cette heureuse nouvelle — louange à Dieu, qui les a soutenus par Sa grâce — à laquelle répondirent les roulements de tambours de la citadelle, et les croyants s’en réjouirent.