«Puis ils entrèrent (1) ensuite dans l’église de Marie, qui était alors florissante. Cependant, cela fut la cause de sa destruction, louange à Dieu. Le cheikh Qutb ad-Dîn rapporta dans son “Zayl (2) sur le Miroir” qu’ils sonnèrent la cloche dans l’église de Marie – Dieu sait mieux. Il a dit : on mentionne qu’ils pénétrèrent dans la mosquée en apportant du vin, et ils avaient l’intention, si la présence des Tatars se prolongeait, de détruire nombre de mosquées et d’autres lieux (3, 4).
Lorsque ces faits survinrent dans la ville, les juges musulmans, les témoins légaux et les jurisconsultes se réunirent et se rendirent à la citadelle pour se plaindre de cette situation auprès de celui qui en avait la charge, Ibl Siyan (5). Mais ils furent humiliés et chassés, les propos des chefs chrétiens ayant été préférés aux leurs – «Nous appartenons à Dieu et c’est à Lui que nous retournons.» Ces événements se déroulèrent au tout début de cette année, tandis que le sultan de Syrie, an-Nasr ibn al-ʿAzîz, se trouvait à Wat’at Barza accompagné de nombreuses armées (6) et de fils de rois, prêt à affronter les Tatars s’ils se présentaient.
Parmi ceux qui l’accompagnaient se trouvait l’émir Rukn ad-Dîn Baybars al-Bunduqdârî, à la tête d’un groupe de la Bahriyya. Toutefois, les armées étaient divisées et discordantes, selon ce que Dieu a voulu (7, 8). Un groupe d’émirs avait résolu de déposer le roi an-Nâsir et de l’emprisonner, afin de prêter serment à son frère, le roi az-Zâhir ‛Alî. Lorsque an-Nâsir l’apprit (9), il s’enfuit vers la citadelle (10) et les troupes se dispersèrent en tous sens (11). L’émir Rukn ad-Dîn Baybars al-Bunduqdârî se dirigea avec ses hommes vers la région de Gaza, et le roi al-Muzaffar Qutuz le mandata et le fit venir à lui. Il lui attribua Qalyûb, l’accueillit à la maison du vizirat, et lui témoigna beaucoup d’égards. Cependant, sa fin devait advenir par sa main.
[La bataille de ʿAyn Jâlût]
Tout cela arriva durant les dix derniers jours de Ramadan de cette même année, et seuls trois jours (12) s’étaient écoulés lorsque…»