La ville de Mossoul : lorsque (1) Houlagou Khan se sépara de Bagdad – après ce terrible et grand événement (2) –, il (Badr al-Dîn Lu’lu’) se rendit à son service par obéissance (3), en lui apportant cadeaux et offrandes. Houlagou l’honora et le respecta. Il revint ensuite de chez lui et demeura à Mossoul quelques jours (4), puis il mourut et fut enterré dans sa médersa al-Badriyya. Les gens le pleurèrent en raison de sa bonne conduite et de l’excellence de sa justice. Le shaykh ‘Izz al-Dîn [Ibn al-Athîr] compila pour lui son ouvrage intitulé « Al-Kâmil fî al-Tarîkh » (Le Complet en histoire), qu’il lui présenta et dont il lui témoigna bienveillance. Badr al-Dîn Lu’lu’ offrait parfois à certains poètes mille dinars [ou une somme similaire], et son fils al-Sâlih Ismâ‘îl lui succéda dans la royauté.
Badr al-Dîn Lu’lu’ (6) était arménien, acheté par un tailleur. Il passa ensuite au service du roi Nûr al-Dîn Arslan Shâh, fils de ‘Izz al-Dîn Mas‘ûd, fils de Mawdûd, fils de Zankî, fils d’Aq Sunqur l’Atabeg, souverain de Mossoul. Il était très beau de visage, jouissant d’une grande faveur auprès de lui et s’élevant en dignité dans son État, au point que tout tournait autour de lui et que les délégations, de toutes les parties de ce royaume, s’adressaient à lui. Par la suite, il assassina en secret les fils de son maître (7), les uns après les autres, si bien qu’il n’en resta plus aucun, et il s’empara seul du pouvoir qui lui échut complètement [sans partage].
Chaque année, il envoyait au sanctuaire de ‘Alî (8) un candélabre en or d’un poids de mille dinars. Il atteignit près de quatre-vingt-dix ans (9), tout en conservant l’allure d’un jeune homme (10), grâce à l’éclat de son visage et sa belle prestance. Le commun du peuple le surnommait « la Verge d’or ». Il était doté d’une haute ambition et se montrait rusé, d’un artifice profond (11).
Quant au roi al-Malik al-Nâsir (12) Dâwud [fils de] al-Mu‘aẓẓam, le shaykh Qutb al-Dîn al-Yûnînî fit sa biographie dans son « Tadhyîl (13) ‘alâ al-Mir’âh » (Addendum au “Miroir”) pour cette même année. Il y développa largement son propos sur ce qui advint au roi, depuis ses débuts jusqu’à la fin de son époque, et il rapporta nombre de ses poésies et de ses paroles, en apportant de précieux éclaircissements. Qu’Allah lui fasse miséricorde (14).