Que Dieu lui accorde un repos éternel et arrose sa tombe de miséricorde. Après sa mort, deux de ses fils furent tués et le troisième fut fait prisonnier avec trois de ses filles, toutes issues de sa descendance. Le poste de calife se trouva alors vacant, et il ne resta plus, parmi les Banû al-‘Abbâs, personne pour le remplacer. Il fut ainsi le dernier calife abbasside à gouverner avec justice parmi les gens, dispensant à la fois bienfaits et crainte redoutée. La dynastie se clôtura avec ‘Abd Allâh al-Musta‘sim, comme elle avait été inaugurée avec ‘Abd Allâh as-Saffâh. (On compte jusqu’à al-Musta‘sim trente-sept califes abbassides, dont le premier fut ‘Abd Allâh as-Saffâh.)
‘Abd Allâh as-Saffâh fut investi du califat, et son autorité se manifesta en l’an cent trente-deux (132) de l’Hégire, après la fin de l’État omeyyade, ainsi qu’il a déjà été expliqué. Quant au dernier calife, ‘Abd Allâh al-Musta‘sim, son règne prit fin, et leur califat s’acheva cette même année (c’est-à-dire l’an six cent cinquante-six [656]). Au total, leur pouvoir dura cinq cent vingt-quatre ans. Il se trouva néanmoins interrompu en Irak et dans le gouvernement dans son ensemble pendant un an et quelques mois, au temps d’al-Basasîrî, après quatre cent cinquante (450), avant de revenir à l’état précédent. Nous avons développé ce point dans sa place propre, à l’époque d’al-Qâ’im bi-Amr Allâh, et Dieu soit loué pour tout.
Les Banû al-‘Abbâs, cependant, ne dominèrent pas toutes les contrées comme l’avaient fait jadis les Banû Umayya qui maîtrisaient l’ensemble des terres, des régions et des provinces. En effet, les territoires du Maghreb échappèrent à leur emprise et furent gouvernés, au tout début, par certains membres rescapés des Banû Umayya issus de la lignée de ‘Abd ar-Rahmân ibn Mu‘âwiya ibn Hishâm ibn ‘Abd al-Malik. Après de longues périodes, le pouvoir y passa à d’autres souverains, comme nous l’avons relaté. Il y eut aussi, à l’époque des Banû al-‘Abbâs, l’État de ceux qui se réclamaient d’être Fâtimides en Égypte, dans une partie du Maghreb et d’autres régions, ainsi que dans le Bilâd ash-Shâm à certaines périodes, et dans les Deux Lieux saints (al-Ḥaramayn) durant de longues années. (De même, ils perdirent la Khurâsân et les territoires au-delà de l’Oxus, qui passèrent successivement sous diverses dynasties, au point qu’il ne resta plus au calife abbasside que Bagdad et une partie de l’Irak, en raison de la faiblesse du califat et de la préoccupation des califes pour les plaisirs et l’accumulation des biens, la plupart du temps, comme il est longuement décrit dans les récits d’événements et les notices de décès.)
Par ailleurs, l’État fâtimide se maintint pendant près de trois siècles, jusqu’à ce que son dernier souverain, al-‘Âḍid, meure après l’an cinq cent soixante (560) sous le règne de la dynastie salâhienne (an-naṣiriyya al-qudsiyya), ainsi que nous l’avons mentionné. Les souverains fâtimides furent au nombre de quatorze califes (ou, si l’on préfère, prétendants) et la durée précise de leur règne s’étendit de l’an deux cent quatre-vingt-dix-sept (297) jusqu’à la mort d’al-‘Âḍid.