Lorsque la sûreté fut proclamée à Bagdad, tous ceux qui s’étaient cachés sous terre dans les caveaux, les conduits et les cimetières sortirent comme des morts exhumés de leurs tombes. Ils ne se reconnaissaient plus mutuellement : le père ne connaissait plus son fils, ni le frère son frère. Un terrible fléau les frappa et ils périrent en grand nombre, rejoignant ainsi ceux qui étaient déjà tombés. Ils furent rassemblés sous terre par décret de Celui qui connaît ce qui est secret et plus caché encore, Dieu, il n’est de divinité que Lui, à Lui appartiennent les plus beaux Noms.
La même année, au mois de Joumada al-Âkhira, le sultan conquérant Houlagou Khan quitta Bagdad vers sa résidence royale. Il confia la gestion de la ville à l’émir ‘Alî Bahâdur, lui déléguant le pouvoir de la chahnakiyya, ainsi qu’au vizir Ibn al-‘Alqamî. Mais Dieu ne lui accorda ni répit ni échappatoire, Il le saisit de Sa main toute-puissante au début du mois de Joumada al-Âkhira, alors qu’il avait soixante-trois ans. Cet homme possédait une certaine science de la rédaction et un talent littéraire, mais il était un chiite convaincu, un rafidite nuisible. Il mourut dans la détresse, le chagrin, la tristesse et le regret :
« Là où Umm Qach‘am est allée déposer son fardeau. »
Après lui, la charge de vizir revint à son fils ‘Izz ad-Dîn Abû al-Fadl Muhammad, et Dieu le rejoignit à son père avant la fin de cette même année. Louanges et grâces à Dieu.
Abû Shâmah, notre maître Abû ‘Abd Allâh adh-Dhahabî ainsi que Qutb ad-Dîn al-Yûnînî rapportent qu’une grave épidémie frappa cette année-là la population de Syrie (ach-Châm). Ils indiquèrent que la raison en était la corruption de l’air et de l’atmosphère, due à l’innombrable quantité de morts en terre d’Irak, et qui se propagea jusqu’aux contrées syriennes. Dieu seul sait la vérité.