Ensuite, il revint à Bagdad, accompagné de Khwaja Nasir ad-Din at-Tusi (1), du vizir Ibn al-Alqami et d’autres, tandis que le calife était sous garde et soumis à confiscation. Ils firent alors apporter, depuis la résidence califale, de grandes quantités d’or, de bijoux, de parures, de pierres précieuses et d’objets de grand prix. Les notables parmi les Râfidites et d’autres personnes qualifiées d’hypocrites conseillèrent à Hülagü de ne pas faire la paix.
Le vizir déclara : « Si la paix est conclue selon un partage équitable, elle ne durera qu’un an ou deux, puis la situation reviendra à ce qu’elle était auparavant. » Ils l’incitèrent à faire tuer le calife. Lorsque le calife revint auprès du sultan Hülagü (2), celui-ci ordonna de le mettre à mort. On raconte que ce serait le vizir Ibn al-Alqami et Maître Nasir ad-Din at-Tusi qui convinrent de cela. Nasir se trouvait déjà au service de Hülagü après la prise des forteresses d’Alamut, ravies aux Ismaéliens. Il avait été le vizir de Shams ash-Shumûs et auparavant de son père, ‘Ala’ ad-Din ibn Jalal ad-Din. Ils étaient affiliés à Nizar ibn al-Mustansir al-‘Ubaydi. Hülagü choisit Nasir pour être à son service, comme vizir et conseiller.
Quand Hülagü s’approcha de Bagdad et hésita à faire exécuter le calife, le vizir le rassura en minimisant l’affaire. Ils mirent donc le calife à mort en le piétinant, alors qu’il se trouvait dans un sac, de sorte qu’aucune goutte de son sang ne tombât à terre, par crainte que le sang ne suscite un désir de vengeance, d’après ce qu’on leur avait dit. D’autres sources affirment qu’il fut étranglé ou encore noyé ; Dieu est plus savant. Ainsi, ils endossèrent son péché et celui de tous ceux qui se trouvaient avec lui parmi les grands savants, les juges, les notables, les chefs, les émirs et les détenteurs de l’autorité de son pays (3). – Nous rapporterons la biographie du calife dans la rubrique des disparus.
Ils se saisirent ensuite de la ville et massacrèrent tous ceux qu’ils purent trouver, hommes, femmes, enfants, vieillards et jeunes gens. Beaucoup se réfugièrent dans des puits, des latrines et des dépôts d’immondices, y restant cachés plusieurs jours sans apparaître au grand jour. Par ailleurs, des groupes se réunissaient dans des caravansérails (4) dont ils fermaient les portes ; les Tatars (5) les enfonçaient alors, soit en les brisant, soit en y mettant le feu (6). Puis ils pénétraient dans l’enceinte, et les gens tentant de se réfugier dans les étages supérieurs étaient tués sur les toits (7). Le sang s’écoulait alors par les gouttières jusque dans les ruelles. « Nous appartenons à Dieu et c’est vers Lui que nous retournons. »
Ils agissaient de même dans les mosquées, les grandes mosquées et les ribât. Personne n’échappa au massacre, hormis les gens du Pacte (Ahl adh-Dhimma) parmi les Juifs et les Chrétiens, ainsi que ceux qui trouvèrent refuge auprès d’eux ou dans la demeure du vizir Ibn al-Alqami, le Râfidite, et un groupe de marchands qui avaient obtenu un acte de protection en échange de sommes considérables, grâce auxquelles ils purent épargner leur vie et leurs biens. Ainsi, Bagdad redevint