Hülägü, lorsqu’il fit sa première apparition depuis Hamadhan en se dirigeant vers l’Irak, le vizir Mu’ayyid ad-Dîn Muhammad ibn al-‘Alqami (1) conseilla au calife de lui envoyer de somptueux présents afin de lui témoigner de la courtoisie et de le détourner de ses visées sur leurs terres. Mais le calife fut dissuadé par son petit Duydar, Aybak, et d’autres, qui affirmaient que le vizir cherchait ainsi à s’attirer les faveurs du roi tatar en lui faisant parvenir ces biens. Ils conseillèrent plutôt d’envoyer quelque chose de modeste. Le calife fit donc parvenir un envoi auquel Hülägü Khan ne prêta aucune attention et qu’il méprisa. Il réclama alors que le calife lui livre ledit Duydar ainsi que Sulayman Shah, mais le calife ne répondit pas à cette exigence et ne s’en inquiéta guère jusqu’à l’arrivée imminente de Hülägü, qui parvint à Bagdad avec ses troupes innombrables, mécréantes et injustes, ne croyant ni en Dieu ni au Jour dernier. Ils encerclèrent Bagdad de l’ouest et de l’est, tandis que l’armée (2) de Bagdad se trouvait en état de faiblesse extrême et de la plus grande humiliation, ne dépassant pas dix mille cavaliers et [dans une profonde détresse]. Le reste de l’armée avait été privé de ses fiefs, de sorte que nombre de soldats durent mendier dans les marchés et aux portes des mosquées. Des poètes composèrent à leur sujet des poèmes (3) pour les plaindre et déplorer l’islam et ses fidèles.
Toute cette situation découlait des avis du vizir Ibn al-‘Alqami, le râfidî, car l’année précédente, un grand conflit avait opposé les sunnites et les chiites : le quartier de Karkh et l’autre faubourg occupé par les chiites furent alors pillés, et même les demeures des parents du vizir furent saccagées. Il en conçut une grande rancune, ce qui le poussa à ourdir contre l’islam et ses adeptes ce qui advint ensuite, à savoir ce désastre épouvantable que l’on ne rapporte nulle part dans l’histoire comme étant plus effroyable, depuis la fondation de Bagdad jusqu’à aujourd’hui. C’est pour cette raison qu’il fut le premier à aller trouver les Tatars, sortant avec sa famille (4), ses compagnons, ses serviteurs et sa suite, afin de rencontrer le sultan Hülägü Khan (5) – que Dieu le maudisse –, avant de revenir.
Ensuite, il conseilla au calife de rejoindre Hülägü et de paraître en sa présence afin de négocier la paix, en convenant que la moitié des impôts de l’Irak reviendrait à Hülägü et l’autre moitié au calife. Celui-ci fut alors contraint de partir accompagné de sept cents cavaliers, parmi lesquels se trouvaient des juges, des savants en jurisprudence, des maîtres soufis, ainsi que des chefs militaires, des dignitaires de l’État et des notables. Lorsqu’ils approchèrent du camp du sultan Hülägü Khan, le calife fut isolé, à l’exception de dix-sept (6) personnes : seuls ces derniers restèrent avec lui. Tous les autres durent descendre de leurs montures, furent dépouillés et tués jusqu’au dernier. Le calife fut ensuite amené devant Hülägü (7), qui l’interrogea sur divers sujets. On raconte que le calife parut confus et que ses propos se troublèrent, tant il fut bouleversé par l’humiliation et la violence dont il fut alors témoin.