Il exerça le pouvoir après lui pendant environ un an et prit le titre d’al-Muzaffar. Dieu décréta alors que la défaite des Tatars survînt par son intermédiaire à ‘Ayn Jâlût. Nous avons déjà exposé tout cela dans les récits antérieurs et nous y reviendrons dans ce qui suivra, louange à Dieu.
Shajar (2) al-Durr (3), fille de ‘Abd Allâh, mère de Khalîl la Turque, faisait partie des concubines favorites du roi al-Sâlih Najm al-Dîn Ayyûb. Elle avait eu de lui un fils nommé Khalîl (4), d’une beauté remarquable, mais il mourut en bas âge. Elle était toujours à son service, ne se séparant jamais de lui ni en résidence ni en voyage, tant il l’aimait. Après l’assassinat du fils de son époux, al-Mu‘aẓẓam Tûrân Shâh, elle gouverna les provinces d’Égypte : on prononçait le prône en son nom, on frappait la monnaie à son effigie et elle apposait son nom sur les décrets pendant trois mois. Puis al-Mu‘izz s’empara du pouvoir, comme nous l’avons mentionné, et l’épousa quelques années après sa prise de contrôle de l’Égypte. Par la suite, elle devint jalouse de lui lorsqu’elle apprit qu’il envisageait d’épouser la fille du seigneur de Mossoul, Badr al-Dîn Lu’lu’ (6). Elle manœuvra contre lui jusqu’à le faire tuer, ainsi que nous l’avons déjà rapporté. Alors, ses Mamelouks dits « al-Mu‘izziyya » se liguèrent contre elle, la tuèrent et la jetèrent sur un tas d’ordures pendant trois jours, avant de la transporter dans un tombeau près de la tombe de Sayyida Nafîsa (que Dieu lui fasse miséricorde). Elle fit preuve d’une grande force de caractère : lorsqu’elle découvrit que le danger l’encerclait, elle détruisit une quantité importante de joyaux et de perles précieuses en les broyant dans un mortier, pour que ni elle ni personne ne puisse en profiter. Son vizir sous son règne fut al-Ṣâḥib Bahâ’ al-Dîn ‘Alî ibn Muḥammad ibn Salîm (7), dit Ibn Ḥannâ, ce qui signifiait sa toute première fonction.
Le shaykh al-As‘ad Hibat Allâh ibn Ṣâ‘id (8) ibn Sharaf al-Dîn al-Fâ’izî servait naguère le roi al-Fâ’iz (9) Sâbiq al-Dîn Ibrâhîm ibn al-Malik al-‘Âdil. Il était chrétien et se convertit à l’islam. Il pratiquait abondamment l’aumône, la bienfaisance (10) et la générosité. Al-Mu‘izz le nomma vizir et il compta alors énormément à ses yeux, au point que ce dernier ne prenait aucune décision avant de le consulter. Avant lui, la charge de vizir était occupée (11) par le juge Tâj al-Dîn ibn Bint