Ils rasent leurs barbes et laissent leurs moustaches, ce qui va à l’encontre de la Sunna. Ils ont agi ainsi pour imiter leur cheikh Ḥaydar, lorsque les hérétiques l’ont capturé et lui ont rasé la barbe tout en lui gardant la moustache. Ils l’ont donc suivi en cela, alors qu’il était excusé et en a été rétribué. Le Messager de Dieu (paix et bénédictions sur lui) l’a pourtant interdit(1), et leur cheikh ne saurait leur servir de modèle. On leur a construit une zāwiya en périphérie de Damas, près du quartier d’al-ʿAwniyya.
Le mercredi 18 Dhū al-Ḥijja de cette année bénie, on fit la cérémonie funéraire (ʿazāʾ) du fondateur de la « bādarāʾiyya » dans ce lieu : il s’agit du cheikh Najm ad-Dīn ʿAbd Allāh ibn Muḥammad al-Badrāʾī(2) al-Baghdādī, enseignant à la Niẓāmiyya, et envoyé du califat auprès des rois de terres éloignées pour traiter d’affaires importantes et remédier à des situations critiques. Il était un homme éminent, très compétent, un dirigeant digne et humble. Il avait fait construire à Damas une école honorable à l’emplacement de la demeure de l’émir Sāma, en posant comme condition à celui qui y résiderait de rester célibataire et de ne pas enseigner dans une autre école. Il voulait par là que le juriste (faqīh) ait l’esprit entièrement disponible pour rechercher le savoir(4). Toutefois, cela a engendré beaucoup de désordre et causé à certains un grand préjudice(5).
Notre maître, l’imam illustre, le cheikh des shaféites au Šām et ailleurs, Burhān ad-Dīn Abū Isḥāq Ibrāhīm ibn le cheikh Tāj ad-Dīn al-Fazārī(6), professeur de cette école et fils de son professeur, rapportait que lorsque le fondateur y assista le premier jour où l’on y enseigna, en présence du sultan an-Nāṣir, on lut l’acte de waqf(7). On y trouvait la stipulation : « Aucune femme n’y entrera. » Le sultan réagit : « Pas même un enfant ? » Et le fondateur de répondre : « Ô notre seigneur le sultan(8), notre Seigneur ne frappe pas avec deux bâtons(9). » Et quand il racontait cette anecdote, Dieu lui fasse miséricorde, il souriait. Il fut(10) le premier à y enseigner, puis ce fut son fils Kamāl ad-Dīn après lui. Il en confia la direction à Wajīh ad-Dīn ibn Suwayd, et cela resta dans sa descendance jusqu’à aujourd’hui. Le cadi Šams ad-Dīn ibn aṣ-Ṣāʾigh en assura parfois la supervision, mais elle lui fut retirée lorsque la direction leur fut réaffirmée. Le badrāʾī avait consacré ce waqf à cette école