Les pierres se mirent à bouger et à avancer avec elle, au point qu’elles faillirent atteindre la région rocheuse de l’Aridh. Puis elles s’immobilisèrent et restèrent ainsi plusieurs jours. Ensuite, le feu reprit (1), projetant des pierres derrière et devant lui, jusqu’à dresser deux monticules, l’un derrière lui et l’autre devant lui. Ce qui continuait à jaillir d’entre ces deux monticules forma une langue (2) pendant quelques jours. Puis, il grandit davantage à présent et sa flamme (3) subsiste jusqu’à présent ; il brûle avec une intensité extrême. Chaque jour, on entend un grondement puissant (4), de la fin de la nuit jusqu’à la matinée. Il comporte des prodiges que je ne pourrais pas te décrire entièrement. Ceci en est déjà un aperçu considérable (5). Quant au soleil et à la lune, ils semblent encore aujourd’hui voilés. Cette lettre a été rédigée alors que le feu sévit depuis un mois, au même endroit, sans qu’il avance ni ne recule. (6)
Certains ont composé à ce sujet quelques vers (7) :
[Du mètre al-Baṣīṭ]
Ô Toi qui soulages les maux, pardonne nos fautes… En vérité, l’adversité nous cerne, Ô Seigneur.
Nous T’exposons des épreuves auxquelles nous ne pouvons porter le fardeau… Et nous en sommes, à bon droit, redevables.
Des séismes (8) devant lesquels les rochers les plus durs fléchissent… Comment même la plus haute montagne (9) résisterait-elle au tremblement ?
Il dura sept jours, faisant trembler (10) la terre jusqu’à ce qu’elle se fende… La vue du soleil en fut comme aveuglée.
Une mer de feu (11) au-dessus de laquelle voguent des « navires »… Ce sont les éminences rocheuses, ancrées dans le sol.
On dirait que les montagnes y flottent… Comme des vagues, à cause de la violence (12) et des tourbillons (13).
Elle projette des étincelles (14) aussi grandes que des palais, lancées à l’aveugle… On dirait une nuée de pluie abondante.
Elle fend (15) les cœurs de pierre quand elle exhale… De terreur, ils tremblent et jettent des lueurs comme des palmes.
De cette fournaise, la fumée s’éleva à tel point… Que le soleil (16) en devint sombre, obscurci par son ombre.