[Le cinquième jour du mois]
(1) La terre fut secouée d’un violent tremblement, au point que le minaret de la mosquée s’agita en plusieurs endroits, et l’on entendit un grand grincement provenant du toit de la mosquée. Les gens furent remplis de crainte à cause de leurs péchés. Le séisme cessa après l’aube du vendredi, avant midi. Puis apparut chez nous, dans la région volcanique derrière Qurayza, sur la route de as-Suwâriqiyya, près d’al-Maqâ‘id, durant la période allant de l’aube à midi, un feu immense jaillissant de la terre, semant la frayeur parmi la population.
(2) Une épaisse fumée apparut alors dans le ciel, s’élevant au point de se condenser comme un nuage blanc et persistant jusqu’à peu avant le coucher du soleil, ce même vendredi. Puis se manifestèrent des langues de feu montant dans les airs, rouges comme une forteresse, dont l’ampleur grandit. Les gens, effrayés, se précipitèrent vers la Mosquée du Prophète et la Noble Chambre, où ils cherchèrent protection, encerclèrent la Chambre, découvrirent leurs têtes, reconnurent leurs péchés et invoquèrent Dieu le Très-Haut, sollicitant également l’intercession de Son Prophète – que la prière et la paix soient sur lui.
(3) Les gens vinrent de toutes parts et de leurs vergers de palmiers, tandis que femmes et enfants sortirent des maisons pour se rendre à la mosquée. Tous se tournèrent sincèrement vers Dieu. La rougeur produite par la flamme couvrit toute l’étendue du ciel, si bien que la nuit paraissait aussi claire que sous l’éclat de la lune, tandis que le firmament demeurait teinté comme un caillot de sang. On crut alors que la ruine ou le châtiment était imminent, si bien que, durant cette nuit, la population demeura en prière, en lecture du Coran, en inclinaison et en prosternation, invoquant Dieu – Exalté soit-Il –, se repentant, reconnaissant leurs fautes et sollicitant Son pardon.
(4) Le feu resta sur place, ses flammes redoublant d’intensité puis se modérant. Le faqîh et le qâdî rendirent visite à l’émir pour l’exhorter. Il abolit alors l’impôt (maks), affranchit tous ses esclaves et serviteurs, et restitua les biens qu’il détenait, qu’ils soient nôtres ou d’autres. Ce feu subsista, brûlant toujours avec vigueur, comparable à une immense montagne ou à une citadelle par sa hauteur et son étendue, projetant des pierres qui s’élevaient haut dans les airs avant de retomber, émettant un grondement rappelant le tonnerre. Après plusieurs jours, il se mit à couler le long du wâdî d’Uḥaylin, descendant dans le lit de la vallée jusqu’à ash-Shaẓâh, puis son écoulement finit par rejoindre la région volcanique de la route du pèlerin (al-Ḥâj).