Les lumières (1) se sont alors manifestées, et, sous les effluves de son souffle, les corolles des fleurs se sont ouvertes (2). Les parties de la création se sont exprimées dans les langues de leurs attributs et à travers les leçons qu’elles recèlent : « Ô vous qui dormez (3), éveillez-vous ! Ô vous qui êtes tenus à l’écart (4), rendez-vous réceptifs ! “Regarde (5) donc les effets de la miséricorde de Dieu : comment Il redonne vie à la terre après sa mort ! Il est en vérité Celui qui ressuscite les morts et Il est capable de toute chose.” » [Ar-Rûm : 50].
Abû al-Fath Nasr Allâh ibn Hibat Allâh (6) ibn ‘Abd al-Bâqî ibn Hibat Allâh ibn al-Husayn ibn Yahyâ ibn Buzâqa (7) al-Ghifârî al-Kinânî, d’Égypte puis de Damas, faisait partie des proches du roi al-Muʿaẓẓam et de son fils an-Nâsir Dâwud. Il voyagea avec ce dernier jusqu’à Bagdad en l’an 633 de l’Hégire. C’était un homme de lettres, agréable dans la conversation – que Dieu lui fasse miséricorde. Parmi ses poèmes (8), on trouve ces vers (mètre at-tawîl) :
« Lorsque vous avez refusé, ô mes maîtres, de me rendre visite,
Vous m’avez, en guise de compensation, tenu éloigné au lieu de la proximité.
Vous n’avez pas consenti à l’union alors que j’étais éveillé,
Et mon cœur, tant il est sensible, n’a pu supporter de rester sans vous.
J’ai tendu ma paupière comme un piège destiné à capturer votre apparition (9),
Et j’ai trouvé la quiétude de la vie par le sommeil et la peine (10). »
[Ensuite vint l’année 651 de l’Hégire]
Cette année-là, le shaykh Najm ad-Dîn al-Bâdarâ’î (11), émissaire du calife, parut (12) auprès du souverain d’Égypte et de celui de Syrie. Il rétablit la paix entre les deux armées, alors qu’une guerre acharnée (13) les opposait déjà et faisait rage. L’armée égyptienne s’était alliée aux Francs et leur avait promis (14) de leur livrer Jérusalem s’ils les aidaient contre les Syriens. De nombreux événements eurent lieu, puis la réconciliation s’accomplit.