Il étudia auprès du cheikh Shihâb al-Dîn al-Suhrawardî (1). Sa conduite était exemplaire et il possédait une compétence reconnue dans l’exégèse du Coran selon la méthode (2) soufie, faisant preuve d’une grande finesse. Parmi ses propos dans ses exhortations, on lit :
« Le monde est semblable à une particule de poussière dans l’immensité de Sa grandeur, et la particule est comme le monde dans le Livre de Sa sagesse. Les fondements deviennent des rameaux lorsque se dévoile la beauté de Sa primauté, et les rameaux deviennent des fondements lorsque, à l’horizon occidental du renoncement à toute médiation, se lève le soleil de Sa finalité. Les voiles de la nuit sont tirés, les cierges des astres sont allumés, les yeux des gardiens se détournent des amoureux, et le voile des voiles est chassé, écarté des portes de l’union. Pourquoi ce stationnement (3) alors que le Bien-Aimé a déjà ouvert la porte ? Pourquoi cet instant d’arrêt alors que le Maître a congédié (4) le gardien des gardiens ? »
Puis il déclama (du mètre at-tawîl) :
« Rester aux abords d’al-‘Aqîq est un manquement
Si je n’y vais pas, alors que mes larmes coulent comme du rubis.
Si je ne meurs pas d’ardeur pour Celui qui habite ce lieu sacré,
Je ne suis pas sincère dans mes allégations.
Ô demeure de Laylâ, les amants ne sont pas tous égaux dans la passion,
Et tout breuvage n’est pas forcément un nectar.
Toute personne que tu croises ne te rencontre pas toujours le cœur ouvert,
Et quiconque se penche vers toi n’est pas nécessairement épris.
Tant de prétentions se sont élevées au nom de l’amour
Que l’on n’y distingue plus le captif des ardeurs de la passion de l’être libre. »
Ô vous qui vivez dans la sécurité, en est-il parmi vous qui puisse s’élever jusqu’au ciel ? Ô vous qui êtes enfermés dans les cachots de vos appellations, se trouve-t-il parmi vous un esprit sain apte à saisir les symboles des bêtes (8) et des oiseaux ? L’un de vous est-il un Moïse en proie au désir, qui, de la langue de sa passion, dise : « Montre-Toi, que je puisse Te contempler », car l’attente s’est prolongée ?
Lorsque les gens prièrent pour obtenir la pluie, il déclara après l’invocation :
« Quand l’âme de l’aspirant est montée vers Dieu – Exalté soit-Il –, les paupières des horizons ont pleuré et la nourrice des nuées a offert sa perle. Le nourrisson de la terre a tété le lait de la miséricorde (9), et des mamelles des nuages ont jailli les gouttes d’une eau limpide. La terre desséchée en a tressailli et les eaux du ruisseau se sont réjouies (10). Les plaines se sont parées de soie verte, et c’est en la plus belle ornementation que la teinture a orné leurs couleurs.Sous l’effet d’un souffle printanier, les bourgeons se sont éclos (11). »