Dans son projet d’écriture de l’histoire et de rattachement de la biographie au commencement de la création, tout en l’insérant dans le cours général de l’histoire islamique, l’ḥāfiẓ Ibn Kathīr se distingue des autres historiens. Il se démarque notamment par la conclusion qui clôt son ouvrage : cette conclusion s’avère logique et en harmonie avec le titre de son livre, puisqu’il s’agit à la fois d’une histoire des débuts de l’humanité et d’une histoire de sa fin, réunies en un seul et même ouvrage.
- L’origine et les récits des prophètes
Dans cette section de “Al-Bidāya wa an-Nihāya” (Le Commencement et la Fin), la personnalité scientifique complète d’Ibn Kathīr se révèle. Il y apparaît comme un continuateur, et non un innovateur, de la méthode des savants qui l’ont précédé : ceux-ci commencent en effet leur récit historique par la création de l’univers, des cieux et de la terre, avant d’aborder la création d’Adam et l’histoire des prophètes qui lui succédèrent.
Le fait qu’Ibn Kathīr ait composé son “Tafsīr al-Qur’ān al-ʿAẓīm” (Exégèse du Noble Coran) et qu’il y renvoie fréquemment a clairement ouvert la voie à la rédaction de la partie intitulée “Al-Mubtadaʾ wa Qaṣaṣ al-Anbiyāʾ” (L’Origine et les récits des prophètes). Il y expose ses chapitres, ses sections, ses repères culturels et ses fondements juridiques, de manière cohérente et intégrée. Il débute ainsi par la parole d’Allah — Exalté soit-Il : « Allah est le Créateur de toute chose » [Az-Zumar : 62], puis par Sa parole — qu’Il soit glorifié : « Il a créé les cieux et la terre et ce qui se trouve entre eux en six jours, puis Il S’est établi sur le Trône » [Al-Furqān : 59].
Ibn Kathīr interprète le Coran par le Coran lui-même, par les hadiths transmis et par les propos des Compagnons. Il prohibe l’exégèse fondée sur l’opinion pure et puise dans les plus célèbres ouvrages d’exégèse classiques et volumineux, proposant des interprétations dignes de foi et mûrement réfléchies. Il consulte également les recueils de hadith, examine en détail les chaînes de transmission, et distingue les hadiths authentiques et acceptables (ḥasan) de ceux qui sont faibles ou forgés. Il met au jour les récits israélites, qu’il divise en trois catégories : ceux qui concordent avec le Livre et la Sunna (et dont on peut alors se dispenser), ceux qui s’y opposent (et qui sont ainsi rejetés), et ceux que le Livre et la Sunna ne confirment ni ne démentent (qu’il est permis de rapporter pour en tirer des enseignements). Il s’attarde parfois sur chaque point de jurisprudence (fiqh) au point de donner l’impression d’oublier qu’il est historien et non juriste. Néanmoins, il reste toujours attentif, avec un esprit vif et une vaste culture. Il critique, réfute, préfère ou adopte certains propos, compare ce qu’enseigne le Coran avec ce que rapportent les Livres antérieurs, met en évidence les altérations qu’ils ont subies, et s’étonne de la manière dont les Gens du Livre s’obstinent à défendre l’erreur, même lorsque son caractère fallacieux et égarant apparaît clairement.
Dans l’introduction de “Al-Bidāya wa an-Nihāya” (1), Ibn Kathīr résume ce chapitre en ces termes : « Voici un livre dans lequel je vais rappeler — avec l’aide d’Allah et la bonne direction qu’Il m’accorde — tout ce qu’Allah, Exalté soit-Il, a rendu possible par Sa puissance et Sa force à propos du commencement des créatures : la création du Trône, du Kursī, des cieux et de la terre et de tout ce qu’ils contiennent, qu’il s’agisse des anges ou des djinns et des diables, ainsi que la manière… »