Puis arriva l’année quarante-neuf et six cents (649 de l’Hégire). Cette année :
Le roi an-Nāṣir, souverain d’Alep, revint à Damas. Les troupes égyptiennes arrivèrent alors, prenant le contrôle des régions côtières jusqu’à la frontière dite « ash-Sharī‘a ». Le roi an-Nāṣir leur envoya une armée qui les repoussa jusqu’en Égypte, les cantonnant à leurs terres.
Cette même année, la sultane Shajar ad-Durr, dite Umm Khalīl, épousa le roi al-Muʿizz ʿIzz ad-Dīn Aybak at-Turkumānī, qui était l’ancien mamelouk de son époux as-Ṣāliḥ Ayyūb.
Au cours de cette année également, le cercueil d’as-Ṣāliḥ Ayyūb fut transporté dans son mausolée au sein de l’école qu’il avait fondée. Les Turcs portèrent des habits de deuil, et Umm Khalīl fit de larges aumônes en sa mémoire.
La même année, les Turcs détruisirent Damiette et transférèrent la population (1) en Égypte, vidant aussi l’île par crainte d’un retour des Francs.
De plus, on acheva la rédaction du « Commentaire du livre intitulé Nahj al-Balāgha » en vingt volumes, œuvre dʿAbd al-Ḥamīd ibn Hibat Allāh ibn Abī l-Ḥadīd al-Madāʾinī, secrétaire du vizir Muʾayyid ad-Dīn ibn al-ʿAlqamī (2). Le vizir lui accorda cent dinars, un vêtement d’honneur et un cheval (3). ʿAbd al-Ḥamīd le loua alors dans un poème, car il était chiite muʿtazilite.
Au mois de Ramaḍān, on convoqua le shaykh Sirāj ad-Dīn ʿUmar ibn Barakah an-Naḥraqullī (4), professeur à la Niẓāmiyya de Bagdad (5). On lui confia la charge de grand juge (qāḍī al-quḍāt) à Bagdad, tout en conservant sa fonction d’enseignement, et on lui remit un vêtement d’investiture.
Dans le mois de Shawwāl (6), Tāj ad-Dīn ʿAbd al-Karīm ibn shaykh Muḥyī ad-Dīn Yūsuf ibn shaykh Abī l-Faraj ibn al-Jawzī fut nommé à la ḥisbah (surveillance des marchés et des mœurs) de Bagdad après son frère ʿAbd Allāh (7), lequel avait renoncé à cette fonction par ascèse. On l’investit d’un turban (8), on posa sur sa tête un voile (9), et les chambellans l’accompagnèrent en cortège.
----------------------------------------------
(1) Daprès le texte, les habitants de Damiette furent relogés en Égypte.
(2) Muʾayyid ad-Dīn ibn al-ʿAlqamī, alors vizir de l’ʿIrak sous le califat ʿabbāsside.
(3) « Khilʿa » (خلعة) est un vêtement d’honneur remis comme marque de distinction.
(4) Aussi orthographié an-Nahraqullī.
(5) L’école Niẓāmiyya de Bagdad, fondée par le vizir Niẓām al-Mulk, était l’une des plus prestigieuses de son temps.
(6) Dixième mois du calendrier hégirien.
(7) ʿAbd Allāh avait abandonné la fonction de ḥisbah pour se consacrer à la piété.
(8) « Bi-ṭarḥa » : pièce d’étoffe ou coiffe traditionnelle.
(9) « Ghāshiya » : voile ou étoffe que l’on place sur la tête en signe de distinction notamment.