La khâtoun (1) Arghwân (2) al-Hâfizhiyya. Elle reçut le nom de « al-Hâfizhiyya » parce qu’elle servit et éleva al-Hâfizh, seigneur de la citadelle de Ja‘bar. C’était une femme avisée et réfléchie, ayant vécu très longtemps et possédant des biens considérables et somptueux. C’est elle qui préparait les repas pour al-Mughîth ‘Umar ibn al-Sâlih Ayyoub. Le sâlih Ismâ‘îl la dépouilla et lui confisqua (3) quatre cents coffres d’argent. Elle légua sa maison de Damas en waqf au profit de ses serviteurs. Elle acheta le verger de an-najîb Yâqût (4), qui fut autrefois le serviteur du cheikh Tâj ad-Dîn al-Kindî (5). Elle y érigea un mausolée et une mosquée, et y consacra de nombreux biens (6) de qualité.
Le fondateur de l’amîniyya qui se trouve à Baalbek était Amîn ad-Dawla Abû al-Hasan Ghazâl al-mutatabbib (7), vizir du sâlih Ismâ‘îl Abû al-Khaych, lequel fut funeste pour lui-même et pour son sultan, causant la perte de la grâce divine pour lui et pour son maître. Il s’agit là du « vizir de malheur ». As-Sibt (8) l’accusa de se dissimuler (9) derrière la religion et, en vérité, de n’en avoir aucune, si bien que Dieu – exalté soit-Il – libéra la majorité des musulmans de son emprise. Son exécution eut lieu cette année-là, une fois que le sâlih Ismâ‘îl disparut en Égypte ; des émirs l’arrêtèrent, lui et Ibn Yaghmûr (10), les pendirent et les crucifièrent tous deux au sommet de la citadelle du Caire, côte à côte (11). Il fut découvert qu’Amîn ad-Dawla Ghazâl possédait en argent, présents, joyaux et mobilier l’équivalent de trois mille milliers de dinars, ainsi que dix mille volumes calligraphiés en écriture soignée, sans compter d’autres manuscrits rares et précieux.