Ils ont détruit sa maison et n’ont épargné aucune des actions les plus infâmes et atroces à son égard, alors même que les princes qui s’étaient livrés à ces actes le tenaient auparavant en très haute estime.
Voici de sa poésie (mètre : at-Tawil) :
« J’ai résisté au désir de mon âme durant ma jeunesse, mais lorsque les nuits m’ont frappé de vieillesse et de cheveux blancs, j’ai cédé au désir à l’inverse de ce qu’il fallait. Puissé-je être né vieux pour ensuite revenir à la jeunesse ! »
[Puis arriva l’année 648 de l’Hégire]
Le mercredi 3 Muharram, al-Muʿaẓẓam Touran Chah infligea une défaite aux Francs sur le rivage de Damiette. Il en tua trente mille, ou selon certains cent mille, et s’empara de nombreux butins – louange à Dieu. Il exécuta ensuite plusieurs émirs qui avaient été capturés. Parmi les captifs se trouvaient le roi des Francs(2) et son frère. On envoya la coiffe(3) du roi des Francs à Damas, et le lieutenant de la ville la revêtit au jour de la cérémonie. Elle était en saqirlāt(3) [étoffe rouge], doublée de fourrure de petit-gris. Plusieurs poètes composèrent alors des vers exprimant leur joie devant ces événements(4). Les mystiques (fouqarāʾ) pénétrèrent dans l’église de Marie et y restèrent pour fêter la victoire que Dieu avait accordée contre les chrétiens(5), manquant de peu de la démolir. Quant aux chrétiens de Baalbek(7), ils s’étaient réjouis lorsque les croisés s’emparèrent de Damiette(6), mais lorsque cette défaite les frappa, ils noircirent (ou couvrirent de suie) les visages des images(7). Le lieutenant de la ville(8) les fit arrêter et ordonna aux juifs de les gifler. Avant la fin du mois de Muharram, les émirs mirent à mort le fils de leur maître, [al-Muʿaẓẓam] Touran Chah, et l’enterrèrent au bord du Nil, de l’autre côté. Que Dieu lui fasse miséricorde, ainsi qu’à ses ancêtres, par Sa grâce et Sa générosité.