Puis, le sultan al-Sâlih Ayyoub revint malade, transporté en litière vers les terres égyptiennes, gravement affaibli. Or, ni sa maladie ni l’état où il se trouvait (1) ne l’empêchèrent d’ordonner la mise à mort de son frère al-ʿAdil Abou Bakr ibn al-Kamil, qui avait été seigneur des provinces d’Égypte après leur père. Il l’avait déjà fait emprisonner l’année où il prit possession de l’Égypte. Au cours de cette même année, au mois de Chawwâl, il ordonna qu’on l’étranglât, ce qui fut fait ; on l’enterra ensuite dans le mausolée de Chams ad-Dawla. Après cela, il (le sultan) ne vécut que jusqu’à la mi-Chaʿbân de l’année suivante, dans les pires conditions et souffrant d’une maladie plus grave encore. Gloire à Celui à qui appartiennent la création et l’ordre.
Cette année-là, le Qâdî al-Qudât (juge suprême) d’Égypte mourut : il s’agissait d’Afdal (2) ad-Dîn (3) al-Khûnajî (4), homme de savoir et logicien habile, qui accompagnait ses jugements d’une bonne conduite. Abou Châma (5) a rapporté que plusieurs personnes ont fait son éloge.
Parmi ceux qui décédèrent la même année se trouvait également ʿAlî ibn Yahyâ (6), Jamâl (7) ad-Dîn Abou al-Hasan [al-Baghdâdî] al-Mukharrimî (8). C’était un jeune homme vertueux, érudit, poète talentueux. Il composa un ouvrage bref et concis, rassemblant de nombreux domaines liés à la pratique (exercice) et à l’esprit, ainsi qu’au blâme des passions. Il l’intitula « Natâ’ij al-Afkâr ».
Il y consignait plusieurs maximes de sagesse, parmi lesquelles : « Le sultan est un imâm qui est suivi, il représente une religion établie. S’il est injuste, alors les gouvernants commettent l’injustice à cause de lui ; s’il est juste, nul ne commettra d’injustice ». (9)