La dynastie an-Nâsiriya, le conquérant de Jérusalem, et que soient alloués (1) l’impôt foncier (al-kharâj) ainsi que les revenus perçus du sanctuaire de Bayt al-Maqdis à cette fin, et s’il avait besoin de quelque chose, il le dépensait de sa propre bourse.
En cette même année :
Les émissaires envoyés par le pape (2) des chrétiens arrivèrent pour annoncer qu’il avait rendu licite le sang de l’empereur (3) des Francs en raison de sa négligence à combattre les musulmans. Il dépêcha alors un groupe chargé de l’assassiner. Parvenus auprès de l’empereur, celui-ci s’était déjà préparé : il fit asseoir un de ses serviteurs sur le trône, et ils le prirent pour le roi, puis le tuèrent. L’empereur les captura aussitôt, les crucifia à la porte de son palais après les avoir égorgés et écorchés, et il fourra de la paille dans leurs peaux. Lorsque le pape (4) en fut informé, il envoya contre lui une grande armée pour le combattre ; mais Dieu sema la discorde parmi eux à cause de cet événement, qu’Il soit loué et remercié (5).
En cette même année :
Un violent coup de vent de tempête (6) se leva à La Mecque, le mardi du dixième jour de Rabî‘ al-Âkhir, qui emporta le voile de la Ka‘ba sacrée (7). Ce voile était usé, puisqu’il n’avait pas été renouvelé depuis l’année quarante, en raison de l’absence de pèlerinage durant ces années-là du côté du calife. Le vent ne s’apaisa qu’une fois la Ka‘ba entièrement découverte, dépouillée de sa parure noire. On vit là un présage de la chute de la dynastie abbasside et une annonce de ce qui allait advenir plus tard lors de l’invasion des Tatars — puisse Dieu les maudire. Le vice-roi du Yémen, ‘Umar ibn Rasûl (8), sollicita alors la permission du shaykh du sanctuaire, al-‘Afîf ibn Mun‘a (9), pour revêtir à nouveau la Ka‘ba. Celui-ci répondit que seul l’argent du calife pouvait y pourvoir. Comme il n’en disposait pas, il emprunta trois cents milliers [de dinars], acheta des étoffes de coton, les teignit en noir, y fixa leurs anciens galons brodés et recouvrit ainsi la Ka‘ba. Celle-ci demeura sans revêtement pendant vingt et un jours (10).
En cette même année :
Fut inaugurée la Maison des Livres (Dâr al-kutub) qu’avait fondée le vizir Mu’ayyid ad-Dîn Muhammad ibn Ahmad al-‘Alqamî (11) au sein de la Dâr al-wizâra. Elle était (12) d’une extrême beauté et l’on y déposa (13) de nombreux ouvrages précieux et utiles. Les poètes la célébrèrent par de beaux vers et des poèmes élogieux.