Al-Manṣūr Ibrāhīm ibn Asad ad-Dīn Shīrkūh, seigneur de Ḥimṣ, l’attira à lui, ce qui renforça la position du gouverneur de Damas, Muʿīn ad-Dīn Ḥasan ibn ash-Shaykh. Toutefois, il décéda au mois de Ramaḍān de cette même année, comme il sera mentionné plus loin dans les notices nécrologiques (1).
Lorsque al-Manṣūr, seigneur de Ḥimṣ, cessa d’être l’allié d’aṣ-Ṣāliḥ Ismāʿīl, il se mit à rassembler des troupes composées d’habitants d’Alep, de Turkmènes et d’Arabes pour libérer Damas du siège imposé par les Khwarezmiens. Lorsque ceux-ci apprirent la manœuvre, ils en prirent peur et redoutèrent ses conséquences. Ils dirent : « Damas ne nous échappera pas ; il est dans notre intérêt de le combattre près de sa cité. » Ils marchèrent donc à sa rencontre vers le lac de Ḥimṣ. An-Nāṣir Dāwūd envoya son armée auprès d’aṣ-Ṣāliḥ Ismāʿīl, en alliance avec les Khwarezmiens. L’armée de Damas avança à son tour et se joignit au seigneur de Ḥimṣ. Ils affrontèrent ensuite les Khwarezmiens près du lac de Ḥimṣ ; ce fut (2) un jour mémorable : la plupart des Khwarezmiens furent tués, et leur roi Barakāt Khān périt. Sa tête fut apportée fichée au bout d’une lance, puis leurs rangs se dispersèrent (3), s’éparpillant de toutes parts. Al-Manṣūr, seigneur de Ḥimṣ, se rendit alors à Baalbek, remise à aṣ-Ṣāliḥ Ayyūb. Il gagna ensuite Damas, où il s’installa dans le verger de Sāmah pour servir aṣ-Ṣāliḥ Ayyūb. Bientôt, l’ambition de s’emparer de la ville le saisit, mais il tomba malade et mourut – qu'Allah lui fasse miséricorde – l’année suivante. Son corps fut transféré à Ḥimṣ. Ainsi (4) régna-t-il (5) dix ans après la mort de son père. Son fils, al-Malik al-Achraf, lui succéda et gouverna pendant deux ans, avant de perdre son pouvoir, comme il sera détaillé plus loin.
Les délégués d’aṣ-Ṣāliḥ Ayyūb s’emparèrent de Baalbek et de Boṣrā. Il ne resta plus à aṣ-Ṣāliḥ Ismāʿīl aucun territoire (6) où trouver refuge, ni famille, ni progéniture, ni biens. En effet, on confisqua (7) toutes ses possessions, et sa famille fut placée sous tutelle et transférée en Égypte. Lui-même se rendit auprès d’al-Malik an-Nāṣir ibn al-ʿAzīz ibn aẓ-Ẓāhir Ghāzī, seigneur d’Alep, qui l’accueillit, l’honora et lui témoigna tout le respect dû. L’atābak Luʾluʾ d’Alep, s’adressant alors à an-Nāṣir — qui était encore très jeune — lui dit : « Regarde donc la fin de l’injustice. »
Quant aux Khwarezmiens, ils partirent pour la région de Karak. Là, an-Nāṣir Dāwūd, maître des lieux, les traita avec honneur et bienveillance, s’allia à eux par mariage et les établit à aṣ-Ṣalt, qu’ils prirent, accompagnée de Naplouse. Le roi aṣ-Ṣāliḥ Ayyūb leur envoya alors une armée dirigée par Fakhr ad-Dīn ibn ash-Shaykh (8), qui les vainquit à aṣ-Ṣalt et les chassa de cette contrée. Il assiégea ensuite an-Nāṣir dans la citadelle de Karak et l’humilia à l’extrême. Arrivé d’Égypte, le roi aṣ-Ṣāliḥ Najm ad-Dīn Ayyūb pénétra alors dans Damas avec un faste éclatant. Il combla de bienfaits les habitants, fit l’aumône aux pauvres et aux indigents, puis gagna Baalbek, Boṣrā et Ṣarḫad, qu’il reçut de son seigneur ʿIzz ad-Dīn Aybak.