Quant aux Khwârazmiens, ils n’étaient pas présents lors de la conclusion de la trêve. Lorsque la nouvelle de l’accord leur parvint, ils s’irritèrent et se dirigèrent vers Dâriyâ, qu’ils pillèrent, puis se mirent en route (1) vers les terres de l’Est. Ils écrivirent alors à As-Sâlih Ismâʿîl, conclurent une alliance avec lui contre As-Sâlih Ayyûb, ce qui réjouit As-Sâlih Ismâʿîl et le poussa à rompre la trêve qu’il avait conclue. Les Khwârazmiens revinrent ensuite assiéger Damas, où As-Sâlih Ismâʿîl arriva depuis Baʿlabakk. La situation des Damascènes devint critique : les vivres disparurent (2) et les prix flambèrent considérablement. Le prix du sac (3) de grains atteignit mille six cents, celui du quintal de farine sept cents (4), le pain – toutes les deux onces moins un quart – pour un dirham (5), la livre de viande sept, et l’on vendit (6) les biens immobiliers contre de la farine. Les chats, les chiens, les cadavres et les charognes (7) furent mangés. Les gens mouraient dans les rues, et l’on ne parvenait plus à les laver, les envelopper de linceuls ni les enterrer (8). On jetait les dépouilles dans des puits, si bien que la ville empestait et que la population était au comble du désespoir. « Nous sommes à Dieu, et c’est à Lui que nous retournons. »
En ces jours, le cheikh Taqî ad-Dîn Ibn As-Salâh, maître de la Dâr al-Hadîth et d’autres écoles, décéda ; il ne fut transporté hors Bâb al-Faraj qu’après de grandes difficultés, puis inhumé dans l’école as-Sûfiyya – qu'Allah lui fasse miséricorde – (9).
As-Sibt (10) raconta : « Et malgré tout cela, le vin circulait et la débauche était manifeste, tandis que les impôts de péage étaient maintenus. »
Le cheikh Shihâb ad-Dîn (11) rapporta que, durant cette année, les prix avaient atteint des sommets et que les miséreux mouraient sur les routes. Ils demandèrent d’abord (12) un morceau de pain, puis se contentèrent de mie, avant de se résoudre à quêter une simple pièce pour acheter du son qu’ils humectaient et mangeaient comme les poules, dit-il : « J’ai moi-même été témoin de cela. » Il détailla ensuite les tarifs excessifs des denrées alimentaires et autres produits, puis raconta comment tout cela s’apaisa (13) à la fin de l’année, après la fête de l’Aïd al-Adhâ. Louange et grâce à Dieu.
Lorsque As-Sâlih Ayyûb apprit que les Khwârazmiens s’étaient ligués contre lui et réconciliés avec son oncle As-Sâlih Ismâʿîl, il écrivit au roi