Ismâʿîl détruisit de nombreuses habitations (1) aux alentours et démolit le pont de Bâb Tûmâ. Le lit du fleuve fut alors modifié et l’eau se retira jusqu’à former un lac (2) entre Bâb Tûmâ et Bâb as-Salâmah. Tout ce qui se trouvait entre ces deux portes comme constructions fut submergé ; de nombreuses personnes furent réduites à la misère. « En vérité, nous appartenons à Dieu et c’est à Lui que nous retournons. »
[Parmi les notables décédés cette année]
Le roi al-Mughîth (3) ʿUmar ibn aṣ-Ṣâliḥ Ayyûb. Al-Ṣâliḥ Ismâʿîl l’avait capturé et emprisonné dans la tour de la citadelle de Damas lorsque ce dernier s’empara de la ville en l’absence d’al-Ṣâliḥ Ayyûb. Son père fit tout son possible pour le libérer, sans succès, et se heurta à l’opposition d’Amîn ad-Dawlah Ghazâl al-Maslamânî (4), fondateur de l’école al-Amîniyyah à Baʿlabakk (5). Le jeune prince resta donc enfermé dans la citadelle de l’an 638 jusqu’à la nuit du vendredi 12 Rabîʿ al-Âkhir de cette année-là. Au matin, on le trouva mort dans sa cellule, accablé de peine et de tristesse. Certains avancent même qu’il fut assassiné – Dieu seul le sait. Il était parmi les meilleurs fils de rois, l’un des plus beaux d’apparence et des plus brillants d’esprit. Il fut inhumé auprès de son grand-père al-Kâmil, dans son mausolée au nord de la grande mosquée. Son père, al-Ṣâliḥ Ayyûb, nourrit alors une grande rancune contre le souverain de Damas (6).
Le shaykh des shuyûkh (grands maîtres) à Damas, Tâj ad-Dîn Abû Muḥammad ʿAbd Allâh ibn (7) ʿUmar ibn Muḥammad ibn Ḥamawayh, comptait parmi les savants historiens et auteurs. Il composa un ouvrage en huit volumes, où il traita des origines [des choses], ainsi que « al-Siyâsah al-mulûkiyyah » destiné à al-Kâmil Muḥammad, entre autres. Il avait étudié le ḥadîth, appris le Coran par cœur et, dit-on, avait atteint quatre-vingts ans (selon d’autres, il n’atteignit pas cet âge). Il voyagea au Maghreb en l’an 593, se rendit à Marrakech chez son souverain al-Manṣûr Yaʿqûb ibn Yûsuf ibn ʿAbd al-Muʾmin, et y demeura jusqu’en l’an 600, date à laquelle il gagna les terres d’Égypte (8). Il y occupa la fonction de shaykh des shuyûkh (chef des maîtres spirituels) après son frère Ṣadr ad-Dîn ibn Ḥamawayh (9). Qu’Allâh lui fasse miséricorde.