Al-‘Alqami (1), qui s’attira le malheur sur lui-même et sur les habitants de Bagdad, n’a pas su protéger al-Mustaʿṣim durant son ministère. Il ne fut pas un vizir sincère ni au comportement irréprochable, car c’est lui qui apporta son aide contre les musulmans dans l’affaire de Hülegü et de ses troupes – qu’Allah les flétrisse, lui et eux. Avant d’occuper cette fonction, Ibn al-‘Alqami était maître de la demeure califale. Lorsque Naṣīr ad-Dīn Muḥammad ibn an-Nāqid mourut, il fut nommé au vizirat et lui succéda dans la direction de la maison d’études (al-ustādāriyya) le cheikh Muḥyī ad-Dīn Yūsuf ibn Abī l-Faraj ibn al-Jawzī. Ce dernier était un homme de bien, fondateur de la Jawziyya du quartier an-Nishābīn à Damas – qu’Allah agrée cette œuvre de sa part.
La même année, on investit le cheikh Shams ad-Dīn ʿAlī ibn Muḥammad ibn al-Ḥusayn ibn an-Nayyār, précepteur du calife, du titre de « cheikh des cheikhs » à Bagdad, et on lui offrit une robe d’honneur. Par ailleurs, le calife confia une procuration générale à ʿAbd al-Wahhāb ibn al-Muṭahhar, à qui l’on remit également une robe d’honneur.
Cette année-là eut lieu une grande bataille contre les Khwârazmiens, que aṣ-Ṣāliḥ Ayyūb, souverain d’Égypte, avait fait venir pour qu’ils l’assistent contre aṣ-Ṣāliḥ Ismāʿīl Abū l-Ḥasan, souverain de Damas. Les Khwârazmiens campèrent à Gaza, et aṣ-Ṣāliḥ Ayyūb leur envoya des robes d’honneur, des fonds, des étoffes et des troupes. Alors, aṣ-Ṣāliḥ Ismāʿīl, an-Nāṣir Dāwud, seigneur d’al-Karak, et al-Manṣūr, seigneur de Ḥimṣ, s’allièrent aux Francs et livrèrent aux Khwârazmiens une bataille acharnée. Les Khwârazmiens leur infligèrent une puissante et terrible défaite. Les Francs, qui combattaient sous leurs croix et leurs bannières élevées devant les armées musulmanes, furent vaincus. Les coupes de vin circulaient alors dans les rangs, mais elles furent remplacées par les coupes de la mort : en une seule journée, plus de trente mille Francs furent tués, et nombre de leurs rois, de leurs prêtres et de leurs évêques – ainsi qu’une foule d’émirs musulmans – furent capturés. Les Khwârazmiens envoyèrent les prisonniers au sultan aṣ-Ṣāliḥ Ayyūb en Égypte. Ce fut un jour mémorable, louable à bien des égards – louange à Allah.
Un émir musulman affirma : « Lorsque j’ai vu que nous nous tenions sous les croix des Francs, j’ai su que nous n’allions pas réussir. » Les Khwârazmiens emportèrent un très grand butin pris aux Francs et à ceux qui étaient alliés à eux. Alors aṣ-Ṣāliḥ Ayyūb dépêcha des troupes vers Damas pour l’assiéger, tandis que aṣ-Ṣāliḥ consolida ses fortifications.