Puis arriva l’année quarante et un et six cents. Cette année-là, des émissaires firent la navette entre al-Ṣāliḥ Ayyūb, souverain d’Égypte, et son oncle al-Ṣāliḥ Ismāʿīl, souverain de Damas (1), au sujet de la restitution de son fils al-Mughīth ʿUmar, tandis qu’al-Ṣāliḥ Ayyūb était détenu dans la Citadelle de Damas, et que la ville devait demeurer aux mains (2) d’al-Ṣāliḥ Ismāʿīl. Un accord fut conclu à ce propos et l’on prononça le prêche au nom d’al-Ṣāliḥ Ayyūb à Damas. Cependant, le ministre Amīn al-Dawla Abū al-Ḥasan Ghazāl al-Muslimānī (3), ministre d’al-Ṣāliḥ Ismāʿīl, craignit les conséquences de cette affaire. Il dit alors à son maître : « Ne rends pas ce garçon à son père (4), car cela fera sortir les territoires de ta main. Tu as entre tes mains le “sceau de Salomon” (5) pour régner sur ces contrées. » Dès lors, l’accord précédemment conclu fut annulé, le garçon fut renvoyé à la citadelle, le prêche au nom d’al-Ṣāliḥ Ayyūb fut interrompu, une discorde éclata entre les deux souverains, et al-Ṣāliḥ Ayyūb dépêcha les Khwârazmiens pour assiéger Damas – certes, nous sommes à Dieu et c’est à Lui que nous retournons.
Cette année-là, les Khwârazmiens avaient déjà conquis le pays des Rûm et l’avaient arraché des mains de son roi, le fils dʿAlāʾ al-Dīn (6), un homme de peu de raison qui jouait avec des chiens et des bêtes sauvages, les lançant contre les gens. Il arriva qu’une bête le mordit et qu’il mourut ; ils s’emparèrent alors du pays.
Cette année encore, on mit la main sur les auxiliaires du juge al-Rafīʿ al-Jīlī (7). Certains furent fouettés et mis à l’amende, tandis qu’un ordre fut émis pour restreindre le juge al-Rafīʿ à l’école al-Muqaddamiyya, située à l’intérieur de Bāb al-Farādīs. On l’emmena ensuite de nuit et on l’incarcéra dans la grotte d’Afqah, dans la région de la Bekaa, puis on perdit sa trace. Abū Shāma (8) rapporte qu’il serait décédé ; d’autres avancent qu’il fut précipité d’un lieu élevé, ou encore qu’il fut étranglé. Tout cela survint au mois de Dhū al-Ḥijja de cette même année.
Le vendredi vingt-cinq du même mois, le décret de la fonction de juge à Damas fut lu au nom de Muḥyī al-Dīn.