Ce jour-là, après la prière, il fut investi du califat et reçut le titre d’al-Mustaʿṣim, alors qu’il avait trente ans et quelques mois. Durant sa jeunesse, il maîtrisa parfaitement la récitation du Coran, tant sur le plan de la mémorisation que du tajwīd (articulation correcte), et il excella en langue arabe, en belle calligraphie ainsi que dans d’autres vertus, sous la direction du shaykh Shams al-Dīn Abū al-Muẓaffar ʿAlī ibn Muḥammad ibn al-Nayyār (1), l’un des grands imams chaféites de son époque, qu’il honora (2) et combla de bienfaits durant son califat.
Al-Mustaʿṣim, comme on le rapportait, récitait souvent le Coran avec une voix agréable et une bonne performance, dénotant ainsi sa piété et son humilité. Il consulta également certains ouvrages d’exégèse (3) et résolut des questions difficiles. Il était réputé pour sa bienfaisance et recevait des éloges, s’efforçant de suivre l’exemple de son père, al-Mustanṣir, autant qu’il le pouvait. Les affaires, durant son règne, se maintinrent dans la justesse et la droiture, louange à Dieu. La supervision de la bayʿa (allégeance) à al-Mustaʿṣim fut assurée par Sharaf al-Dīn Abū al-Faḍāʾil Iqbāl al-Mustanṣirī (4). Celui-ci recueillit d’abord l’adhésion de ses cousins et de sa famille, les Banū al-ʿAbbās, puis celle des dignitaires de l’État — émirs, vizirs, juges, savants, juristes — et enfin de ceux qui détenaient l’autorité de statuer et de décider (ahl al-ḥall wa-l-ʿaqd), ainsi que du peuple en général. Ce fut un jour mémorable, une assemblée louée, une décision heureuse et une mesure favorable. L’allégeance arriva ensuite de toutes les contrées, provinces et cités (5), et l’on prononça la khuṭba (prône) en son nom dans toutes les régions, à l’Est comme à l’Ouest, de près comme de loin, comme on le faisait déjà pour son père et ses ancêtres [de la dynastie abbasside] qu’ils soient tous comblés de la miséricorde de Dieu.
La même année (6), il survint un événement marquant : vers la fin des jours d’al-Mustanṣir, une épidémie grave toucha l’Irak ; le sucre et les médicaments devinrent fort onéreux. Le calife (7) al-Mustanṣir billāh (8) distribua alors en aumône une grande quantité de sucre aux malades — que Dieu agrée son geste.
Le vendredi 14 Shaʿbān, le calife al-Mustaʿṣim billāh autorisa Abū al-Faraj ʿAbd al-Raḥmān ibn Muḥyī al-Dīn Yūsuf, fils du shaykh Abū al-Faraj ibn al-Jawzī — un jeune homme raffiné et vertueux (9) — à prêcher à la porte de Bāb al-Badriyya. Il s’exprima avec éloquence, prodigua de bons conseils et composa un poème élogieux (10), long et solennel (11), empreint de finesse et d’éloquence (12), en l’honneur du calife al-Mustaʿṣim.