En l’an quatre cent cinquante (1), le calife al-Mustanṣir ordonna de rétablir ce sanctuaire tel qu’il était auparavant. Les Râfidites (chiites extrémistes) ont tenté de justifier l’incendie de ce mausolée par de longs propos futiles, dépourvus de toute valeur, et ils ont même rédigé à ce sujet plusieurs volumes (2) et récité de nombreux poèmes sans intérêt. Il s’agit du mausolée dont ils prétendent que sortira l’« attendu », qui n’a cependant aucune réalité — ni trace ni présence — et il eût mieux valu qu’il ne fût jamais construit (3). Dans leur croyance, cet « attendu » est al-Ḥasan fils de ʿAlī fils de Muḥammad al-Jawād fils de ʿAlī ar-Riḍā fils de Mūsā al-Kāẓim fils de Jaʿfar aṣ-Ṣādiq fils de Muḥammad al-Bāqir (4) fils de ʿAlī Zayn al-ʿĀbidīn fils de al-Ḥusayn, le martyr de Karbalāʾ, fils de ʿAlī ibn Abī Ṭālib – qu’Allah soit satisfait d’eux tous. Et puisse être réprouvé quiconque exagère leur mérite et, à cause d’eux, en veut à ceux qui leur sont supérieurs.
Al-Mustanṣir (qu’Allah lui fasse miséricorde) était un homme généreux, patient, désireux d’entretenir de bonnes relations avec les gens. Il était beau de visage, digne d’allure, admirable dans son comportement, et il portait sur lui la lumière de la Maison prophétique (qu’Allah le bénisse et le comble de Sa satisfaction).
On raconte (5) qu’un jour, alors qu’il traversait à cheval l’une des ruelles de Bagdad avant le coucher du soleil durant le mois de Ramadan, il aperçut un vieil homme tenant un récipient rempli de nourriture, qu’il transportait d’un quartier à un autre. Le calife lui demanda : « Ô vieillard, pourquoi n’as-tu pas pris cette nourriture dans ton propre quartier ? Ou es-tu si démuni que tu la prends dans deux quartiers à la fois (6) ? » Le vieil homme répondit : « Non, par Dieu, ô mon seigneur — sans savoir qu’il s’adressait au calife — je suis simplement très âgé, et l’heure est déjà avancée. J’ai honte de me mêler à mes voisins à l’heure du repas, de peur que mes ennemis ne s’en réjouissent. Ainsi, je préfère aller hors de mon quartier pour prendre à manger, puis j’attends que les gens soient en prière du Maghreb pour rentrer à la maison avec mon repas (7), de sorte que personne ne me voie (8). » En entendant ses mots, le calife (qu’Allah lui fasse miséricorde) se mit à pleurer et ordonna de lui remettre mille dinars. Lorsque le vieillard les reçut, sa joie fut si grande que l’on raconte que son cœur se brisa sous l’excès d’émotion. Il ne vécut qu’une vingtaine de jours après cet événement, puis il mourut. Les mille dinars furent rapportés au calife (9), car le vieillard ne laissa aucun héritier. Il avait seulement dépensé un seul dinar, ce qui suscita grande surprise de la part de tous.