Cheikh [Ṣāliḥ] était un savant éminent. Il appartenait d’abord à l’école hanbalite puis devint shaféite. Il enseigna dans plusieurs madrasas de Bagdad pour les shaféites et fit partie des « muʿaddilīn » (les homologateurs) de la ville. Il exerça (1) de nombreuses fonctions officielles. Juriste (faqīh) et spécialiste des fondements de la jurisprudence (uṣūl), il était versé dans l’étude des divergences (al-khilāf). Il acquit de la prééminence dans sa région et bénéficia d’une grande considération. Par la suite, Ibn Faḍlān l’investit (2) d’une charge à Dār al-Ḥarīm. Puis il se trouva qu’il enseigna à la Niẓāmiyya, où on l’honora en lui offrant une monture (une mule), et des notables assistèrent à ses leçons. Il y demeura jusqu’à sa mort à l’âge de quatre-vingts ans, et fut inhumé à Bāb Ḥarb.
Quant au Qāḍī al-quḍāt (Juge suprême) de Bagdad, Abū al-Maʿālī ʿAbd al-Raḥmān ibn Muqbil (3) ibn al-Ḥusayn ibn ʿAlī al-Wāsiṭī al-Shāfiʿī, il étudia à Bagdad, acquit un savoir considérable, puis enseigna dans certaines écoles. Ensuite, il fut désigné par Qāḍī al-quḍāt ʿImād al-Dīn Abū Ṣāliḥ Naṣr ibn ʿAbd al-Razzāq ibn ʿAbd al-Qādir (4) à l’époque du calife al-Ẓāhir ibn al-Nāṣir. Il occupa ensuite la fonction de Qāḍī al-quḍāt de manière autonome, puis fut chargé d’enseigner à la Mustanṣiriyya après la mort de celui qui y enseigna le premier, Muḥyī al-Dīn Muḥammad ibn Faḍlān. Par la suite, il fut révoqué de toutes ses charges et nommé shaykh (5) de certains ribāṭs (couvents sufis). Il décéda cette même année. C’était un homme vertueux, pieux et humble; qu’Allah lui fasse miséricorde et lui pardonne.
[Puis survint] (6) l’année 640 de l’hégire (de l’Émigration prophétique). Durant cette année, le calife al-Mustanṣir bi-llāh mourut et la succession revint à son fils, al-Mustaʿṣim bi-llāh. Ainsi (7) décéda le calife [al-Mustanṣir bi-llāh] (8), Commandeur des croyants, dans la matinée du vendredi 10 Jumādā al-Ākhira. Il avait alors cinquante et un ans, quatre mois et sept jours. Sa mort fut cachée jusqu’au moment où l’on invoqua en sa faveur sur les chaires (minbars) ce jour-là. Son règne avait duré seize ans, dix mois et vingt-sept jours. Il fut d’abord inhumé à la Dār al-Khilāfa, puis on transféra sa dépouille vers les tombes de la Ruṣāfa.