C’était un cheikh vertueux et pieux, remarquable dans la science du khilâf (le droit comparé), qui connaissait par cœur « Al-Jam‘ bayna al-Ṣaḥīḥayn » d’al-Ḥumaydī. Il était humble, faisait preuve d’excellents comportements et parcourut divers pays pour (1) acquérir la science, avant de s’établir à Damas. Là, il enseigna dans les madrasas al-ʿAdhrāwiyya (2), al-Ṣārimiyya, al-Shāmiyya al-Jawāniyya et Umm al-Ṣāliḥ. Il exerça aussi la fonction de suppléant auprès de plusieurs juges jusqu’à son décès, époque à laquelle il officiait comme adjoint d’Ar-Rafīʿ al-Jīlī (3). Il rendit l’âme un vendredi, le sixième jour de Shawwāl, et fut inhumé à Qâsiyûn.
Yâqût ibn ‘Abd Allâh Amîn ad-Dîn ar-Rûmî (4) était affilié à la maison d’Atâbak. Il arriva à Bagdad avec l’émissaire du souverain de Mossoul, Lu’lu’. Ibn as-Sâ‘î déclare à son propos : « Je l’ai rencontré (5) alors qu’il était encore jeune, mais déjà lettré et remarquable. Il rédigeait une très belle calligraphie, et composait également d’excellents poèmes. J’ai moi-même transmis une partie de ses vers. » Il ajoute : « Il mourut en Jumâdâ al-Âkhira, alors qu’il était emprisonné. »
[Ensuite survint l’année 639 de l’Hégire]
Au cours de cette année : al-Malik al-Jawâd voulut se rendre en Égypte (6) afin de servir aṣ-Ṣâliḥ Ayyûb. Mais lorsqu’il parvint à ar-Ramla (7), aṣ-Ṣâliḥ Ayyûb se méfia de lui et envoya Kamâl ad-Dîn ibn ash-Shaykh pour l’arrêter. Al-Jawâd repartit alors et se réfugia auprès d’an-Nâṣir Dâwūd, qui se trouvait à ce moment-là à Jérusalem (al-Quds ash-Sharîf). An-Nâṣir Dâwūd lui dépêcha (8) une armée qui affronta Ibn ash-Shaykh, le vainquit et le fit prisonnier, puis an-Nâṣir Dâwūd l’admonesta et le libéra ensuite. Al-Jawâd resta quelque temps au service d’an-Nâṣir, jusqu’à ce que ce dernier suspecte (9) à son tour ses intentions ; il le fit alors enchaîner et l’envoya sous stricte garde à Bagdad. En chemin, un groupe de Bédouins reconnut (10) al-Jawâd et le relâcha. Il se réfugia auprès du maître de Damas, puis passa chez les Francs, avant de regagner Damas, où aṣ-Ṣâliḥ Ismâ‘îl le fit incarcérer à ‘Izzatâ jusqu’à sa mort en l’an 641, comme il sera mentionné.
La même année, aṣ-Ṣâliḥ Ayyûb entreprit la construction de madrasas en Égypte et érigea une citadelle sur l’île, à laquelle il consacra une large part du Trésor. Il s’appropria les biens de la population, détruisit plus d’une trentaine de mosquées et abattit mille palmiers. Plus tard, les Turcs ravagèrent cet édifice en l’an