As-Suddi (1) et d’autres soutiennent qu’en disant : « Certes, ceux qui affirment : “Dieu est le troisième de trois” ont mécru », il s’agit de leur prétention selon laquelle Jésus et sa mère seraient des divinités (2) aux côtés de Dieu. C’est ce que l’Exalté a explicité quant à leur mécréance en la matière, au dernier passage de cette noble sourate, lorsqu’Il dit : « Et lorsque Dieu dira : “Ô Jésus, fils de Marie, est-ce toi qui as dit aux gens : ‘Prenez-moi, ainsi que ma mère, pour deux divinités en dehors de Dieu ?’” [Jésus] dira : “Gloire à Toi ! Il ne me convient pas de dire ce que je n’ai pas le droit de dire. Si je l’avais dit, Tu l’aurais su. Tu sais ce qu’il y a en moi et j’ignore ce qu’il y a en Toi. Tu es, en vérité, le grand Connaisseur de l’Inconnaissable. Je ne leur ai dit que ce que Tu m’as ordonné [de dire] : ‘Adorez Dieu, mon Seigneur et le vôtre.’ J’étais témoin contre eux tant que je restais parmi eux, mais lorsque Tu m’as rappelé [à Toi], c’est Toi qui fus le Gardien sur eux. Et Tu es Témoin de toute chose. Si Tu les châties, ils sont Tes serviteurs ; et si Tu leur pardonnes, c’est Toi, le Tout-Puissant, le Sage.” » [Al-Mā’ida, 5 : 116-118].
Dieu – Exalté soit-Il – nous informe qu’Il questionnera Jésus, fils de Marie, le Jour de la Résurrection, à la fois pour l’honorer et pour blâmer et confondre ceux qui l’ont adoré parmi ceux qui ont menti à son sujet et inventé à son encontre, en prétendant qu’il serait le Fils de Dieu, ou Dieu Lui-même, ou Son associé. Gloire à Dieu qui est bien au-dessus de ce qu’ils prétendent. Il l’interroge alors qu’Il sait parfaitement ce qu’il en est, puisque rien de ce que Dieu évoque n’a pu émaner de Jésus ; seulement, cette question vise à incriminer, devant tous, ceux qui ont menti à propos de Jésus.
Dieu lui dira : « Est-ce toi qui as dit aux gens : ‘Prenez-moi, ainsi que ma mère, pour deux divinités en dehors de Dieu ?’ » ; Jésus répondra : « Gloire à Toi ! », c’est-à-dire : « Tu es au-dessus (3) d’avoir quelque associé que ce soit. » Jésus poursuit : « Il ne me revient pas de dire ce que je n’ai pas le droit de dire. Si je l’avais dit, Tu l’aurais su. Tu sais ce qu’il y a en moi et j’ignore ce qu’il y a en Toi. Tu es, en vérité, le grand Connaisseur de l’Inconnaissable. » Voilà qui témoigne d’une grande délicatesse dans la façon de s’adresser à Dieu. Jésus ajoute : « Je ne leur ai dit que ce que Tu m’as ordonné (4) : ‘Adorez Dieu, mon Seigneur et le vôtre’, » c’est-à-dire lorsqu’Il m’a envoyé vers eux et m’a fait descendre le Livre qui leur fut récité.
Ensuite, Jésus explique ce qu’il leur a prêché en ces termes : « ‘Adorez Dieu, mon Seigneur et le vôtre’ », autrement dit : c’est Lui qui m’a créé et vous a créés, c’est Lui qui me pourvoit et vous pourvoit. Jésus dit encore : « Et j’étais témoin contre eux tant que je fus parmi eux. Mais lorsque Tu m’as rappelé à Toi », c’est-à-dire lorsque Tu m’as élevé vers Toi au moment où ils désiraient me tuer et me crucifier : Tu m’as ainsi fait miséricorde et Tu m’as préservé de leurs mains, tandis que Tu fis tomber mon apparence sur l’un d’entre eux, sur qui ils assouvissent leur vengeance. Une fois cela arrivé, « Tu fus Toi-même le Vigilant sur eux, et Tu es Témoin de toute chose. »
Puis Jésus, se remettant à la volonté du Seigneur (qu’Il soit exalté) et se désolidarisant des chrétiens, poursuit : « Si Tu les châties, ils sont Tes serviteurs ; et si Tu leur pardonnes, c’est Toi, le Tout-Puissant, le Sage. » Cet abandon de la décision au divin décret, exprimé sous forme conditionnelle, n’implique pas que tout se réalise inéluctablement, c’est pourquoi il dit : « car Tu es le Tout-Puissant, le Sage » et non pas « le Pardonneur, le Miséricordieux ».
Nous avons cité dans le “Tafsîr” (5) le hadith qu’Imam Ahmad rapporte d’Abû Dhar, selon lequel le Messager de Dieu (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) a prié toute une nuit en répétant ce noble verset : « Si Tu les châties, ils sont Tes serviteurs ; et si Tu leur pardonnes, c’est Toi, le Tout-Puissant, le Sage », puis il dit : « En vérité, j’ai demandé [cela] à mon Seigneur… »