Puis entra l’année six cent trente-six (de l’hégire). Au cours de celle-ci : le roi al-Jawâd prononça son jugement contre aṣ-Ṣafî Ibn Marzûq (1) et le soumit à une confiscation de quatre cent mille dinars, puis l’emprisonna dans la citadelle de Homs, où il demeura trois ans sans voir la lumière. Ibn Marzûq avait pourtant montré auparavant une grande bienveillance (2) envers al-Jawâd. Al-Jawâd donna alors les pleins pouvoirs au serviteur de son épouse, appelé an-Nâṣiḥ, qui imposa de lourdes confiscations aux habitants de Damas et leur extorqua environ six cent mille dinars. Il s’empara ensuite de l’émir ʿImâd ad-Dîn Ibn ash-Shaykh (3), lequel avait été l’artisan de la prise de Damas par al-Jawâd. Puis il redouta son frère Fakhr ad-Dîn Ibn ash-Shaykh (4), se trouvant en Égypte, et s’inquiéta de la possession de Damas. Il déclara : « Que faire de ce royaume ? Un faucon et un chien me sont plus chers que cela. » Il partit alors chasser et entra en correspondance avec aṣ-Ṣâliḥ Najm ad-Dîn Ayyûb Ibn al-Kâmil. Ils échangèrent la forteresse de Kayfâ et Sinjâr, ainsi que ce qui en dépendait, contre Damas. Aṣ-Ṣâliḥ (5) s’empara donc de Damas et y entra au début de Jumâdâ al-Ûlâ de cette année, tandis qu’al-Jawâd marchait devant lui, abrité sous un dais (6).
[Ensuite, al-Muẓaffar, souverain de Ḥamâ, en assuma la tâche à sa place. Ce fut un jour mémorable ; puis al-Jawâd s’installa à Dâr as-Saʿâda.]
Il regretta son acte et voulut réparer ce qui était perdu, mais n’y parvint point. Il quitta Damas, les gens le maudissant à visage découvert (7) en raison des confiscations qu’il leur avait imposées. Aṣ-Ṣâliḥ Ayyûb lui ordonna alors de rendre l’argent à la population, ce à quoi il ne prêta aucune attention ; il s’en alla, et la dette demeura en suspens. Lorsque aṣ-Ṣâliḥ Ayyûb eut consolidé son pouvoir sur l’Égypte, comme on le verra, il fit emprisonner an-Nâṣiḥ, ce serviteur, lequel mourut dans l’état le plus misérable, dans la pauvreté et couvert de poux : voilà le châtiment qui lui revint, car « Ton Seigneur n’est point injuste envers les serviteurs » (8) [Fussilat : 46].
Cette même année, aṣ-Ṣâliḥ Ayyûb sortit de Damas pendant le mois de Ramaḍân, se dirigeant vers les terres d’Égypte afin de les reprendre à son frère al-ʿÂdil, encore trop jeune. Il s’arrêta à Naplouse et s’en empara, la soustrayant au pouvoir d’an-Nâṣir Dâwûd. Puis il écrivit à son oncle aṣ-Ṣâliḥ Ismâʿîl.