Al-Mufaḍḍal (1) raconta : « J’étais réuni, avec Ibn Dihya, dans l’assemblée du sultan. Le sultan m’interrogea au sujet d’un hadith, et je lui en donnai l’explication. Puis il me demanda : “Qui l’a rapporté ?” Mais la chaîne de transmission (isnâd) ne me revint pas en mémoire. Une fois sortis de l’audience, Ibn Dihya me dit : “Pourquoi ne lui as-tu pas donné n’importe quelle chaîne de transmission ? Ni lui, ni les personnes présentes à son assemblée ne peuvent savoir si elle est authentique ou non. Ainsi, tu aurais gagné de la considération à leurs yeux.” Alors j’ai compris qu’il se montrait négligent à l’égard de la religion et qu’il osait recourir au mensonge. »
Il dit ensuite : « Le juriste Taqî ad-Dîn ‘Ubayd ibn Muhammad ibn ‘Abbâs al-Is‘ardî (2) m’a rapporté, d’après notre maître (3), le juriste, imam, savant, perle de son époque et mufti des musulmans, Bahâ’ ad-Dîn Abû al-Hasan ‘Alî ibn Hiba Allâh ibn Salâma ibn al-Muslim al-Lakhmî (4), c’est-à-dire Ibn al-Jummayrî, qu’il déclara : “Le sultan al-Malik al-Kâmil partit pour la Syrie. Abû al-Khattâb ‘Umar ibn Dihya se rendit avec lui, ainsi que le fils de Shaykh Mu‘în ad-Dîn ibn Shaykh ash-Shuyûkh. Lors de la prière du maghrib, le sultan désigna Ibn Dihya pour officier, et celui-ci n’accomplit cette prière qu’en deux rak‘ât. Quand il eut terminé, le fils de Shaykh ash-Shuyûkh dit : ‘Je ne connais aucun imam qui autorise de raccourcir la prière du maghrib en voyage.’ Ibn Dihya répondit : ‘Comment cela ne serait-il pas permis, alors que Untel a rapporté de Untel — avant d’enchaîner sa chaîne de transmission jusqu’au Messager de Dieu ﷺ — qu’il aurait raccourci sa prière du maghrib en voyage ?’ Ibn Shaykh ash-Shuyûkh ne répliqua pas et garda le silence sur son cas.”
J’ai dit : “Il s’agit là d’une fabrication grossière, contraire au consensus des savants, comme l’ont souligné Ibn al-Mundhir et d’autres. Un tel isnâd ne se retient pas, car celui qui l’entend ne peut l’enregistrer, et celui qui s’en réclame serait incapable de le reproduire une seconde fois. Dieu est plus savant.” »
[Ensuite, au commencement de l’année 634]
Cette année-là, les Tatars assiégèrent Irbil (Arbil) avec des mangonneaux et creusèrent des brèches dans les murs jusqu’à la prendre d’assaut. Ils massacrèrent la population et réduisirent en captivité les femmes et les enfants. La citadelle leur résista un temps (5), et un lieutenant du calife s’y trouvait. Puis l’hiver arriva, si bien qu’ils levèrent le siège et se retirèrent vers leurs terres. On raconte que le calife envoya une armée contre eux et que les Tatars prirent la fuite (6).