Quant à As-Sibt (1) et d’autres, ils datèrent (2) son décès de l’an trente-trois. Il a toutefois été rapporté qu’il mourut l’an trente et un, et Dieu sait mieux. Il est célèbre qu’il était originaire de Ḥawrān, de la ville de Zar‘, et qu’il résidait à Damas, dans le quartier de l’île au sud de la Grande Mosquée. Il était poète satirique et s’illustrait dans cet art. Il composa un ouvrage intitulé « Miqrâḍ al-A‘râḍ » contenant (3) environ cinq cents vers. Peu de Damascènes échappèrent à la virulence de ses attaques, pas même le roi Ṣalâḥ ad-Dîn ni son frère al-‘Âdil. On le soupçonnait (4) d’abandonner la prière (5) prescrite, mais Dieu sait mieux.
Le roi an-Nâṣir Ṣalâḥ ad-Dîn l’exila en Inde, où il loua les rois du pays et obtint d’importantes sommes d’argent. Puis il se rendit au Yémen, où l’on dit qu’il exerça la fonction de vizir auprès de l’un de ses rois. Il revint ensuite à Damas à l’époque d’al-‘Âdil. Lorsque al-Mu‘aẓẓam s’empara du pouvoir, il le nomma ministre ; cependant, il gouverna de façon déplorable, puis offrit lui-même sa démission, ce qui conduisit à son renvoi. Il avait écrit de l’Inde aux habitants de Damas (6) :
[Du mètre al-Kâmil]
« Pourquoi avoir éloigné un frère digne de confiance…
Qui n’a commis ni faute ni vol ?
Expulsez donc le muezzin de vos contrées…
Si tout homme véridique doit être banni ! »
Parmi les vers où il satirise le roi an-Nâṣir Ṣalâḥ ad-Dîn – que Dieu lui fasse miséricorde (8) – on trouve :
[Du mètre al-Munsariḥ]
« Notre sultan est boiteux, son scribe souffre de vision trouble,
Et le vizir (9) est voûté (10).
Ad-Dûla‘î, le prédicateur, s’isole,
Mais il bondit sur une coquille d’œuf (11).
Quant à Ibn Bâqâ (12), il dispense un sermon plein d’élévation
Au profit des gens, et ‘Abd al-Laṭîf officie comme muḥtasib. »