Al-Malik al-Muẓaffar (1), Abū Saʿīd Kūkuburī (2) [Muẓaffar ad-Dīn], fils de Zayn ad-Dīn ‘Alī ibn Buktakin (3), était l’un des hommes les plus généreux, un grand notable, et un roi illustre. Il a laissé de bonnes œuvres et a construit la mosquée al-Muẓaffarī (4) au pied du mont Qâsiyoun. Il voulut y acheminer l’eau de la source de Barza (5), mais al-Muʿaẓẓam l’en empêcha, en avançant comme prétexte que l’eau passerait peut-être sur les tombes des musulmans situées aux abords de la montagne.
Il avait coutume d’organiser la grande célébration de la naissance du Prophète (mawlid) au mois de Rabî‘ al-Awwal et la commémorait de manière fastueuse. Par ailleurs, il était vaillant, courageux, redoutable, un héros sensé, savant et juste – qu’Allah le comble de Sa miséricorde et honore sa demeure. Le shaykh Abū al-Khaṭṭāb Ibn Diḥya (6) composa à son intention un ouvrage sur la naissance du Prophète, qu’il intitula « at-Tanwīr fī mawlid al-bashīr an-nadhīr », et il le gratifia de mille dinars pour cela. Il régna longtemps durant l’époque de la dynastie de Saladin. Il participa aussi au siège d’Acre (7). Jusqu’à cette année, il demeura loué pour sa noble conduite et sa droiture.
As-Sibt (8) raconte qu’une personne ayant assisté à la table dressée par al-Muẓaffar pour l’une de ces célébrations décrit qu’on y servait cinq mille têtes de moutons rôties, dix mille poulets, cent mille bols de beurre et trente mille assiettes de sucreries (9). Et il ajoute que lors de cette commémoration, les notables parmi les savants et les soufis étaient présents, qu’il leur offrait des robes d’honneur et des dons, et qu’il organisait pour les soufis un samā‘ (audition spirituelle) de midi jusqu’à l’aube, dansant lui-même avec eux (10). Il disposait également d’une maison d’hospitalité pour accueillir tout visiteur, quelle que fût son origine ou sa condition.
Ses aumônes portaient sur toutes les formes de pratiques dévotes, en faveur des deux Lieux Saints et d’autres aussi, et il rachetait chaque année de nombreux prisonniers détenus par les Francs. On raconte même qu’il en libéra au total soixante mille (11)(12). Son épouse, Rabî‘a (13), a déclaré