Puis survint l’an six cent trente. Cette année-là :
Le poste de prédicateur de Bagdad et de naqîb (chef) des Abbassides fut confié à l’homme de justice Majd ad-Dîn Abû al-Qâsim Hibat Allâh ibn al-Mansûrî (1), et on lui remit une somptueuse robe d’honneur. C’était un homme érudit, qui avait fréquenté les pauvres et les soufis et s’était adonné à l’ascèse quelque temps. Cependant, lorsqu’on l’invita à accepter cette charge, il répondit aussitôt. Dès lors, la fortune du monde lui sourit de ses plus beaux atours : il fut servi par de jeunes esclaves turcs et revêtit la tenue des gens opulents. L’un de ses élèves le réprimanda dans un long poème et le blâma pour la situation à laquelle il était parvenu. Ibn as-Sâ‘î en a rapporté l’intégralité dans son « Histoire » (2).
Cette même année, le cadi Muḥyî ad-Dîn Yûsuf ibn ash-Shaykh Jamâl ad-Dîn Abî al-Faraj [ibn al-Jawzî] reçut mission de se rendre en ambassade, de la part du calife, auprès d’al-Kâmil [Muḥammad] (3), souverain d’Égypte, muni d’un acte impressionnant qui le confirmait dans sa royauté, assorti de nombreux et précieux décrets rédigés par le vizir Naṣîr ad-Dîn Aḥmad ibn an-Nâqid. Ibn as-Sâ‘î les a également rapportés de manière exhaustive. Al-Kâmil campait alors aux abords d’Âmid, dans la Jazîra, après l’avoir conquise à l’issue d’un long siège ; il se réjouissait de ce qu’il avait obtenu comme pouvoir sur la cité.
Cette année-là également, on ouvrit la maison d’hospitalité à Bagdad pour accueillir les pèlerins après leur retour du Pèlerinage. On pourvut à leurs frais, leurs vêtements et leurs dons. Louange et grâce en reviennent à Dieu.
La même année, les armées d’al-Mustanṣir quittèrent Bagdad, accompagnées de l’émir Sharaf (5) ad-Dîn Abû al-Faḍâ’il (6) Iqbâl al-khâṣṣ al-Mustanṣirî, pour se rendre à la ville d’Irbil et dans ses provinces. La raison en était la maladie de son souverain, Muẓaffar ad-Dîn Kûkburî (7) ibn Zayn ad-Dîn, qui ne laissait personne pour régner après lui. Lorsque l’armée arriva, la population de la ville la repoussa, si bien qu’elle l’assiégea et s’en empara de force le dix-septième de Shawwâl de cette même année. Lorsque la nouvelle parvint à Bagdad, on fit battre les tambours et la joie y fut grande.