Mon élan nostalgique (1) est tel que l’éloignement l’a voulu… et un désir qui se ravive à mesure que l’endroit de la visite s’éloigne.
Quant à ma nuit (2), depuis qu’ils sont partis, elle est interminable… Où donc sont passées mes nuits jadis si courtes ? L’insomnie a régné sur mes paupières, au point de rendre la nuit et le jour semblables à mes yeux. Mon veiller, depuis leur séparation, s’est fait intense… et mon sommeil, depuis leur départ, n’est que factice.
(3) Qui donc nous prêterait des yeux qui dorment ? Car existe-t-il, en vérité, des yeux qu’on puisse emprunter ? Ainsi, ma nuit ne connaît pas d’aube lumineuse et mon tourment ne peut être appelé trébuchement. (6) Que d’hommes, tandis que la tribu s’en allait, disaient qu’un nuage de poussière soulevée dérobait à la vue ceux qui se mettaient en chemin ! Rester planté au même endroit alors que l’on est bien vivant, alors que ses compagnons ont déjà quitté les lieux, est un opprobre.
Il composa également un dobayt (7) :
« Combien s’écoulera cette vie dans la perte ? Comme j’y ai été insouciant (8) et m’y suis oublié !
J’ai gaspillé tout mon temps dans la futilité… Ô vie, est-il une seconde existence après toi ? (9) »
Quelqu’un le vit en songe et lui demanda : « Qu’est-il advenu de toi auprès de Dieu, Exalté soit-Il ? » Il répondit :
[Vers sur le mètre al-madîd]
« Je redoutais (10) le poids de ma faute… et voici que cette crainte s’est évanouie.
Mon âme est désormais épargnée de ses menaces. Je suis revenu à la vie en mourant, ô (11) homme ! »
Que Dieu le couvre de Sa miséricorde et lui pardonne. Il s’agit de Jalâl ad-Dîn Taksh (12) ; selon d’autres, ce serait Mahmûd ibn ‘Alâ’ ad-Dîn Khwârazm Shâh Muhammad ibn Taksh al-Khwârazmî.