En cette année eut lieu le décès de l’«Amjad» Bahram Chah ibn Farroukh Chah ibn Chahanshah (1) ibn Ayyoub, seigneur de Baalbek (2). Il demeura dans cette ville jusqu’à l’arrivée à Damas d’al-Achraf Moussa ibn al-‘Adil, qui en devint maître l’année vingt-six. Celui-ci lui ôta Baalbek l’année vingt-sept et l’installa auprès de lui à Damas, dans la demeure de son père. Puis, au mois de chawwâl de cette même année, un de ses serviteurs turcs se jeta sur lui pendant la nuit et le tua, car il l’avait accusé d’une «ḥiyâṣa» (3) et l’avait emprisonné auparavant. Le serviteur le supprima donc au cours d’une de ces nuits, avant d’être lui-même mis à mort peu après. L’Amjad fut inhumé dans son mausolée, attenant à celui de son père, dans la partie dite «ach-charaf ach-chamâlî», qu’Allah lui fasse miséricorde. Il était un poète éminent qui laissa un recueil de poèmes. Ibn as-Sâ‘î cite de lui une belle sélection de vers délicats et remarquables.
Sa biographie apparaît dans «Tabaqât ach-Châfi‘iyya». Abou Châma ne l’a pas mentionné dans son «Dhail», ce qui est chose étonnante de sa part.
Ibn as-Sâ‘î (5) rapporte, entre autres, qu’un jour l’Amjad surprit un jeune homme coupant des tiges de ban (sorte d’arbre gracile). Il improvisa aussitôt (6) les vers suivants (7) :
[Du mètre al-kâmil]
«Qui me donnera ce svelte (amant) qui, lorsque je l’ai blâmé
De couper chaque charmante branche de ban,
M’a répondu : “Son port rappelle celui du faon (ar-rachâ) lorsqu’il se cambre,
Fraîchement abreuvé, au milieu des ruisseaux et des jardins.
Les rameaux du ban avaient dérobé la douceur de mes grâces,
Je les ai donc coupés : c’était là la sanction réservée au voleur.”»
Parmi ses autres poèmes, qu’Allah lui fasse miséricorde, on trouve également:
[Du mètre al-wâfir]
«Je suis tenaillé par la nostalgie et le souvenir,
Alors que campements et demeures sont désormais vides.
Les voyageurs se sont éloignés, et voici que mon cœur,
Part avec leurs litières, où qu’ils aillent.»